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Par le bout du nez, au Théâtre Libre : un duo exaltant !

Par le bout du nez, au Théâtre Libre : un duo exaltant !

28 janvier 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Jusqu’au 13 mars 2022, le Théâtre Libre présente François Berléand et Antoine Duléry dans Par le bout du nez, la nouvelle comédie des auteurs du Prénom. Un duo convaincant malgré une mise en scène un peu plate de Bernard Murat. 

Après Le Prénom (2010), Un dîner d’adieu (2014) et Tout ce que vous voulez (2016), Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière proposent ici une nouvelle comédie originale d’après El Electo de Ramon Madaula.

Quelques heures avant son discours d’investiture, le nouveau président de la république (Antoine Duléry) tente à l’aide d’un psychiatre renommé (François Berléand) de résoudre un problème d’envergure : à chaque fois qu’il répète son texte, il est pris d’irrépressibles démangeaisons nasales qui le font grimacer et l’empêchent d’aller au bout de son allocution. Ils ont une heure pour trouver une solution et sauver la face. 

Sur scène, le duo Berléand/Duléry fonctionne plutôt bien avec deux personnalités complémentaires en face à face. L’un sera dans le sous-jeu, sobre, rassérénant, quand l’autre sera aux antipodes, exalté voire outrancier, provoquant un effet de contraste marqué. Les deux se répondent, se renvoient la balle et tentent à tour de rôle de prendre l’ascendant dans l’échange. C’est dynamique et les répliques fusent.

François Berléand, comédien caméléon qui excelle dans tous les registres et que l’on adore voir jouer les bougons acariâtres, incarne donc ici le rôle du psychiatre. Très à l’écoute, cérébral, calme et posé, il nous livre une partition freudienne qui semble avoir été écrite sur mesure pour lui. Son jeu très maîtrisé et tout en nuances renforce la crédibilité de son personnage. Dans une approche psychanalytique, on l’observe décortiquer les relations familiales de son patient. Tel un Sherlock Holmes à la recherche d’indices, il va fouiller dans sa vie pour tenter de comprendre ce qui provoque le rictus du président. Sa voix, au départ grave et rassurante, va monter dans les aigus au fil de la discussion. Et quand il s’énerve carrément, c’est presque la voix de Gérard Jugnot que l’on entend, avec des intonations comiques efficaces. Une belle performance du début à la fin.

Antoine Duléry expose un jeu plus parodique, souvent caricatural avec gestuelle et grimaces accentuées, provoquant les rires du public. Tel un cartoon vivant, il transforme son visage avec des mimiques éloquentes. Il pousse les curseurs à fond et ça marche ! On observe son personnage présidentiel évoluer : au départ autoritaire et péremptoire, il va progressivement s’ouvrir, laisser tomber sa carapace et dévoiler une sensibilité presque enfantine. Le comédien s’amuse et le public adhère. 

Comme à chaque fois dans les créations théâtrales de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, l’histoire est originale, la distribution excellente, le tout dans un décor soigné. En revanche, la mise en scène manque peut-être de relief. Le rythme est inégal avec quelques longueurs… Dommage. 

On passe tout de même un bon moment et la qualité de jeu des comédiens y est pour beaucoup.

Visuel : (c) affiche

Par le bout du nez 

Au Théâtre Libre 

De Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière

Mise en scène : Bernard Murat

Avec François Berléand et Antoine Duléry

Durée : 1h30

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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