Théâtre

Oncle Vania magnifié par Lev Dodine

05 décembre 2009 | PAR Christophe Candoni

Depuis un mois, la MC 93 de Bobigny célèbre le théâtre russe et un de ses prestigieux représentants, le metteur en scène Lev Dodine, à travers une rétrospective de 25 ans de carrière. Lev Dodine et ses acteurs du Maly Drama théâtre ont présenté 8 productions « phares » créées à Saint-Pétersbourg. Cet événement exceptionnel s’achève ce dimanche sur Oncle Vania de Tchekhov, un auteur devenu un classique populaire dans toute l’Europe.

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Nous sommes dans le domaine familial, à la campagne ; au dessus de la scène, trois grosses meules de foin surplombent les acteurs. Pas de décors somptueux, la scénographie de David Borovski contourne tout naturalisme, mais une grande pièce vide et vétuste gorgée de lumière chaude ou sombre. Le temps y passe, la vie s’écoule. Tout semble paisible mais l’orage gronde dans le ciel et dans les cœurs. Vania se réalise dans le travail avec Sonia tout en ayant le douloureux sentiment d’avoir raté sa vie. La pièce raconte le gâchis, l’illusion que sont l’argent et l’amour, la solitude des êtres et l’impossibilité d’accéder au bonheur.

Vania est un personnage complexe. Sergueï Kourichev a le physique gaillard, fort et campe un homme faible. Il se fait moquer de lui lorsqu’Elena lui met son chapeau sur la tête ou lui fait une coiffure ridicule. Il est comme un enfant à qui on donne la leçon et qu’on ne prend pas au sérieux. Son jeu se caractérise par le calme apparent et le bouillonnement intérieur. Il se montre maladroit et abattu (il joue souvent au sol), humilié et verse dans la folie en voulant tuer le professeur Sérébriakov. Sa révolte tardive le mène à la résignation.

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Lev Dodine est un grand observateur des tourments de l’âme. Grâce à une direction d’acteurs rigoureuse et délicate, à une mise en espace intimiste, il donne à voir un Oncle Vania plein de tendresse et d’empathie pour ses personnages.

Fidèle à l’esprit russe, le désespoir est à la fois joyeux et mélancolique. Le jeu des interprètes est sensible, subtil et contrasté. Chaque acteur a le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux. Les personnages souffrent, plongent dans l’ivresse et se révèlent drôles parfois. Ils chantent et dansent. Aucun effet n’est permis : ils n’élèvent presque jamais la voix et se parlent sur le ton de la conversation. L’émotion est perceptible et toujours retenue. Il faut citer Eléna Kalinina (Sonia), Xénia Rappoport (Eléna), Piotr Semak (Astrov), tous bouleversants. Le désespoir des personnages se manifeste aussi dans la lenteur. La troupe s’autorise de longs silences chargés de sens mais cela a tendance à plomber un peu le spectacle qui dure plus de trois heures.

oncle-vania-lev-dodineOncle Vania, ce soir à 20H00 et demain à 15H00, à la MC 93, 1 bd Lénine 93000 Bobigny (métro ligne 5).

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

2 thoughts on “Oncle Vania magnifié par Lev Dodine”

Commentaire(s)

  • Merci beaucoup! remarquable réponse

    décembre 5, 2009 at 13 h 58 min

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