Théâtre

[Critique] « Nymphomaniac » au théâtre ? « L’amour sera convulsif ou ne sera pas » de Jacky Katu à la Manufacture des Abbesses

[Critique] « Nymphomaniac » au théâtre ? « L’amour sera convulsif ou ne sera pas » de Jacky Katu à la Manufacture des Abbesses

23 janvier 2015 | PAR Matthias Turcaud

Dans une cellule d’hôpital qui leur est réservée, six personnages ayant un rapport problématique à l’amour et au sexe se livrent et se laissent aller. Jacky Katu, ancien chercheur anthropologue au CNRS, signe une pièce jouissive et cathartique. 

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L’amour les a rendus fous, et on les comprend. Les voilà donc, ces six internés, à ressasser leurs amours passées, leurs amours fanées, ou leurs coups d’un soir, leurs histoires sanguinolentes ou enthousiasmantes au choix, ou à chercher encore un peu de plaisir, de manière compulsive et convulsive. Qui d’entre nous ne serait pas prêt à mendier pour quatre petites secondes d’orgasme ou deux ou trois gouttelettes de sperme, n’est-ce pas ?

 Provocatrice et dérangeante, la pièce de Jacky Katu s’avère aussi procurer un bien fou. Jouissive et cathartique, elle ne manque pas de points d’orgue particulièrement marquants, souvent accompagnée de musique rock, classique ou autre, dont notamment des simulations de l’acte sexuel sur des chaises alors que peut se faire entendre l’Ave Maria.

Les six jeunes comédiens au jeu parfois un peu appuyé mais très investis ne sont évidemment pas étrangers au plaisir libérateur que dispense le spectacle, mais il y a surtout une vraie écriture. De citations connues – le « L’amour, c’est l’infini à la portée des caniches » de Céline en blagues enfantines – « Le matin, je ne mange pas parce que je pense à toi ; le midi, je ne mange pas parce que je pense à toi ; le soir, je ne mange pas parce que je pense à toi ; et la nuit, je ne dors pas parce que j’ai faim » ; de sentences humoristiques –  « L’amour c’est des grands mots avant, des petits mots pendant, et des gros mots après » – en répétitions obsessionnelles et cycliques – « Baise-moi », « Je t’aime », « Je te déteste », « J’aime tes fesses », etc -, l’écriture de Jacky Katu passe tout cela dans un mixer géant avec en partie une gourmandise communicative et ne semble rien se refuser, dans un geste qui peut rappeler le Lars Von Trier de Nymphomaniac (2014) dans son excès baroque et sa généreuse dose d’humour noir – qu’on pense par exemple à la scène dépucelage de l’héroïne Joe figurée par des chiffres à l’écran dans le volume 1.

 Le théâtre peut bien être ce lieu où s’incarnent les fantasmes les plus sulfureux ou les situations les plus inimaginables – comme castrer le patron qui nous force à le sucer par exemple, pour n’en citer qu’une -, nous rappelle justement le spectacle.

A l’image de la première page du dossier de presse – montrant deux lapins en train de s’accoupler -, l’ancien chercheur au CNRS Jacky Katu semble aussi vouloir tout simplement faire une expérience, pouvant rappeler aussi en cela le Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais (1980), fondé sur les recherches comportementales du scientifique Henri Laborit. Qu’est-ce qui se passe si je mets six personnages blessés par l’amour ensemble dans la salle fermée d’un hôpital ? Jusqu’où le cercle des frustrations, des névroses et des obsessions peut-il bien conduire ?

Notre morceau de bravoure favori : les confessions sexuelles délirantes et débridées faites dans une apnée vocale vertigineuse assurée avec virtuosité par Mathieu Petriat. A découvrir !

Crédits photos : Jean-Claude Shepers.

L’amour sera convulsif ou ne sera pas, texte et mise en scène de Jacky Katu. « Tout ce que vous avez voulu savoir sur l’amour et que vous n’avez jamais osé le demander » (clin d’oeil au film de Woody Allen de 1972). Avec Cécilia Dassonneville, Florian Guillaume, Manuel Lambinet, Laure Millet, Mathieu Petriat, Sandra Rivero. Cie : les Illuminations.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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