Théâtre

Novarina par tous les trous « Le vivier des noms » au théâtre 71

Novarina par tous les trous « Le vivier des noms » au théâtre 71

24 janvier 2017 | PAR Bérénice Clerc

Valère Novarina, auteur, plasticien mondialement connu et reconnu déplace son univers de salle en salle, fait vibrer sa langue dans le corps des acteurs et les émotions des spectateurs heureux de faire un si beau voyage sur les plateaux de théâtre et les scènes internationales.

Le théâtre 71 de Malakoff est la seule salle « parisienne » à avoir la chance de recevoir « Le vivier des noms » du 18 au 26 janvier 2016.

La salle est pleine, certains ont traversé Paris gelé pour s’asseoir sur ces fauteuils et avoir la chance de vivre au moment présent les mêmes sensations que les spectateurs de Molière en son temps. Valère Novarina est un auteur vivant, c’est maintenant qu’il faut le célébrer avant que le futur le transforme en icône sacrée de la langue et du théâtre français.

Le noir fait disparaître la lumière, une voix, celle d’Agnès Sourdillon, reconnaissable entre mille donne naissance à l’espace, une lueur pour commencer à éclairer la route sinueuse des habiles méandres du « Vivier des noms ».

« Entre Adam » dit-elle, Dominique Parent une feuille d’érable comme cache sexe arrive et à peine au monde nous fait rire. Un peu plus tard dans le spectacle, un balais espagnol en guise de perruque il fera mourir de rire la salle en marquis à la rythmique comique parfaite, le corps et la voix d’un acteur irremplaçable qu’on a envie de voir encore plus dans ce spectacle et ailleurs.

L’aventure commence, le monde s’ouvre et laisse apparaître la lumière de l’humain pour donner à voir ses failles, ses chutes et ses relevailles permanentes. L’Homme est un effondrement, il trébuche, son corps est parfois absent, son esprit trop présent, il tombe, se relève, retombe, se relève encore grâce à un mot, un regard, une résilience, un possible, un je suis encore là, une étincelle sur le bord d’une route, une acrobatie pour éviter le point final. Même quand la mort le saisit Novarina donne la vie, l’acteur ne meurt jamais, sa voix reste, son mouvement déchire l’espace, des couleurs jaillissent et les spectateurs les saisissent.

Sur un fil invisible les mots avancent, les phrases se sculptent, les noms apparaissent, les acteurs dansent avec eux suspendus au réel, puissant à en devenir imaginaire.

Novarina matériaux est bien connu des hauts savoyards, Novarina père a marqué l’architecture, Novarina Valère fait de la langue une matière première dense, raffinée, qu’il sculpte avec de la pâte d’acteurs. Hommes, femmes, des figures hissent haut les voiles solides, stables, fortes du bâtiment aux allures fragiles ou inventées.

Le vivier des noms est le spectacle le plus plastique, l’esthétique épurée fait apparaitre des espaces et des images magnifiques fantasmagoriques et concrètes. Je suis, mais qui suis-je si ce n’est un mouvement perpétuel ?

Des dessins rouges et noirs de Valère Novarina jonchent le sol, tour à tour ils font naître le vide ou le plein d’un espace à remplir de jeux, se dressent, font face aux spectateurs, aspirent les acteurs dans un espace aux multiples dimensions et pourraient sembler vivants comme le jeu de cartes d’une Alice au pays des merveilles.

Une partition d’orchestre, des soli, des moments jubilatoires, Novarina a sorti un très grand cru de sa cave cérébrale.

La vie, le monde est là, l’humain devient aimable et détestable en une volte, le rire nous sauve comme une mort avec résurrection possible.

Le dieu auteur réanime ses saints acteurs pour le seigneur spectateur avec qui il est en union de prière pour jouir de la vie et faire fuir la mort vers sa juste place : l’inconnu.

Résumer, raconter ce spectacle serait une vanité, la troupe fait jaillir les acteurs, la langue les éclaire, chacun sa présence, sa folie, son espace.

René Turquois suspend les spectateurs au fil de ses mots et fait rire avec Agnès Sourdillon au rythme des saveurs langagières recomposées.

Valérie Vinci, pantalon jaune canari habite l’espace, colore le plateau de sa voix, son éclat en verbe ou en chants. Elle bouleverse quand elle est seule sur le grand espace de la scène, repousse la mort, se bat sur le chemin, cherche des sorties, veut encore respirer, encore sentir son cœur battre et est saisie, fauchée comme tous et chacun par la mort inacceptable saveur de la vie. Nicolas Struve ponctue avec élégance comme s’il donnait corps à l’ensemble et brille dans le jeu de cabotin chanteur, crooneur sans manche, les mains dans les poches.

Comme à son habitude Christian Paccoud et son accordéon savent éclairer l’espace de notes, une présence discrète et forte, un fantôme vivant chargé de délivrer le monde et de soulever les acteurs sur les partitions. Richard Pierre n’est pas à oublier, le régisseur parfait, toujours au rendez-vous des déplacements, noire présence habillée de plus de mots, étoffes qui lui vont à merveille et emportent les spectateurs.

Il reste quelques dates, avant de le regretter, de faire parti de ceux qui n’y étaient pas, aller-y, voyager en terre Novarinienne comme on part à l’aventure, vous découvrirez des paysages insoupçonnables, des animaux dotés de parole, de la viande pensante, aimante, marchante, des acteurs jouisseurs, vous serez chez vous où l’humain habite le temps..

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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