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Mishima à la lumière des néons de Jean-Baptiste Tur

Mishima à la lumière des néons de Jean-Baptiste Tur

10 novembre 2022 | PAR Adam Defalvard

Dans le cadre du festival Satellites à l’Étoile du Nord, Jean-Baptiste Tur présente Les oiseaux meurent facilement dans cette chambre. D’après Yukio Mishima, un huis-clos familial sans tabous qui revisite le mythe des Atrides.

Mythe au présent

Créateur de la compagnie Le Grand Cerf Bleu en 2014, Jean-Baptiste Tur présente son adaptation de L’Arbre des tropiques de Mishima. L’histoire rappelle forcément celle des Atrides : Ikuko est une jeune fille gravement malade, elle sent qu’elle n’en a plus pour longtemps. Avec son frère Isamu avec lequel elle entretient une relation fusionnelle, elle projette d’assassiner leur mère, cette dernière souhaitant elle-même la mort du père pour hériter de son argent. Mishima crée son propre mythe en le ramenant à la société japonaise des années 1960 et en s’attachant aux thèmes omniprésents dans ses écrits. Dans une volonté d’ouverture à tous les publics, Jean-Baptiste Tur parvient à rendre accessible ce texte cruel et sadien. 

Mishima sous les néons

La scénographie fonctionne avec un minimalisme très élégant, le lit de la malade au centre, comme déjà prêt pour un rituel. Autour de ce lit, trois murs de tubes de néon forment les barreaux de la cage mentale dans laquelle se trouvent tous les personnages. Les jeux de lumière transforment l’espace avec subtilité tout au long de la pièce, flashs de lumière chaude, éclairage vert pour le jardin et un rouge aveuglant qui dessine les ombres en fond de scène du presque-matricide. 

À cela s’ajoute la présence de deux musiciens live qui composent une belle bande-son, laquelle ne s’arrête jamais, parfois ambiante ou au contraire très rock comme à la fin du spectacle, avec un duo de batteries intense et assourdissant. Ces deux musiciens, Gabriel Tur et Thomas Delperié, jouent également d’autres rôles, dont celui de deux « narrateurs » en combinaisons nucléaires. Ils ne parlent au public que deux fois mais ces scènes qui essayent d’ajouter une note d’humour paraissent un peu trop en décalage avec le reste du spectacle.

Les archétypes du Mal

Gabriel Tur est excellent dans son double rôle, à la fois la mère et le père. Son interprétation moins incarnée permet de resserrer les enjeux sur le couple Ikuko et Isamu, amenant l’idée que finalement, en dehors du noyau frère-sœur, les autres ne sont que des figures archétypales. C’est là tout le piège avec l’écriture de Mishima, il représente des archétypes déjà datés : la mère vénale et incestueuse, le fils soumis, le père emblématique d’une masculinité qui s’essouffle et la fille défenseuse du père coûte que coûte.

Ces représentations qui appartiennent à un contexte précis, la société japonaise que Mishima critique, deviennent ici moins psychologiques et plus prétextes à la représentation d’un espace poétique où tous les tabous sautent. En gardant l’idée d’un espace irréel et en resserrant toute l’action autour du frère et de la sœur, Jean-Baptiste Tur parvient à créer de très belles images subtiles et gracieuses, même si la cruauté propre au texte de Mishima disparaît quelque peu.

Une mise en scène élégante et travaillée, qui essaye et même réussit à faire preuve d’originalité, avec un texte et une histoire aussi anciens que le monde. 

Jusqu’au 10 novembre à l’Étoile du Nord. Plus d’informations et réservations ici.

Visuels : © Laureline Le Bris-Cep

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Adam Defalvard

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