Théâtre
Mauvaise, les bons mots face à l’inceste

Mauvaise, les bons mots face à l’inceste

06 avril 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au T2G jusqu’au 15 avril, Sébastien Derrey met en scène le texte de debbie tucker green, Mauvaise. Une heure aride où les mots sont crachés pour être enfin entendus.

Dans un procédé entre Pommerat et Bond, le décor se concentre sur une puis plusieurs chaises qui apparaissent à l’aide de noirs intégraux. À chaque noir, un nouveau membre de la famille se met autour de la table absente. Lorry Hardel est celle qui choisit de « dire », mais au début personne à part l’une de ses sœurs ne veut entendre. Seule Bénédicte Mbemba a capté « des bouts ». Et petit à petits, ces bouts réunis finissent par raconter un vaste drame.

Dans ce décor presque vide, il faut imaginer un appartement de famille, aux murs chargés, aux fauteuils en cuir, avec même, pourquoi pas, des photos parfaites, les grands derrière, les petits devant. La perfection en résumé. Imaginer, oui, car là tout est blanc clinique, bientôt orange sanguine.  Elle dit au père « dis-le ! », elle traite sa mère de « chienne ». Elle éructe, les mots se chevauchent, sortent plus vite qu’ils ne sont pensés. Il y a trop plein, il y a urgence. 

« La famille ça ne se fait pas de politesse »

Le mot inceste n’est jamais prononcé, pourtant il est très clair qu’il est question de ce « ça » là.  Et plus la pièce avance plus l’horreur se révèle. Une fois la parole dite, elle n’est pas sans conséquence. La famille se brise, les groupes se constituent, la jalousie même s’invite chez celle que le père n’a pas « choisie ».

Jean-René Lemoine est monstrueux en ogre silencieux. Il ne dit rien ou presque, dans un silence plus lourd que tous les mots du monde. La mère, Nicole Dogué, offre une leçon de déni. Josué Ndofusu Mbemba est un fils lui aussi victime qui, envers et contre tout, arrive parfois à nous faire sourire. Océane Caïraty exulte la violence.

Mauvaise raconte le moment où briser le silence brise une famille de pacotille, où le pire est arrivé, où l’impardonnable est arrivé. Rien n’est poli. Mauvaise permet au public français de découvrir la langue de debbie tucker green, dramaturge, scénariste et réalisatrice britannique, dont les pièces sont rarement montées en France. Celle qui écrit son nom en minuscule a tout d’une autrice majuscule.

Au T2G jusqu’au 15 avril.  Informations et réservations. À noter, le jeudi 14 avril 2022, à l’issue de la représentation, une rencontre est organisée en salle avec l’équipe artistique et les trois traductrices du texte en langue française : Gisèle Joly, Sophie Magnaud, Sarah Vermande – gratuit, en accès libre.

Visuel : Crédits image @Christophe Raynaud de Lage

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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