Théâtre

« Avidya, l’auberge de l’obscurité » bien trop opaque au Festival d’Automne

« Avidya, l’auberge de l’obscurité » bien trop opaque au Festival d’Automne

28 septembre 2018 | PAR Laetitia Larralde

La deuxième pièce de Kurô Tanino du Festival d’Automne et de Japonismes 2018 au T2G tente en vain de nous entraîner dans un huis-clos sur la souffrance et l’aveuglement.

Un soir, un père et son fils, tous deux marionnettistes de Tokyo, arrivent dans une auberge d’un petit village de sources thermales, si reculé dans les montagnes qu’il en est presque coupé du monde et du temps. Ils ont été invités à donner un spectacle à l’auberge, mais ils se rendent rapidement compte que le propriétaire a disparu et que l’auberge, condamnée à la destruction pour faire passer le shinkansen, n’est peuplée que de quelques villageois profitant des eaux curatives. L’espace d’une nuit, l’irruption des deux étrangers hors normes dans le petit monde confiné de l’auberge va remettre à vif les souffrances de chacun.

Avidya est un terme issu du bouddhisme, le premier maillon de la chaîne des causes de la souffrance, qui signifie illusion, obscurité, aveuglement. Chaque personnage est prisonnier de quelque chose : l’aveugle cherche à apprendre à voir autrement, la geisha est stérile, le père marionnettiste est atteint de nanisme, son fils inadapté social ne vit que pour servir son père, l’employé des bains ne parle pas… et tous se voilent la face en refoulant leurs problèmes au plus profond d‘eux-mêmes. Tous les événements de la nuit, du plus banal au plus dérangeant, exacerberont l’impression qu’il n’existe aucune échappatoire à nos souffrances intimes.

Le décor sur plateau tournant est beau. Les quatre pièces traditionnelles japonaises qui se succèdent comme un manège autour d’un patio central renforcent l’idée du cycle fermé, de la cage de bois qui maintient ses habitants dans un monde coupé de l’extérieur. Le personnage du sansuke, employé des bains dont la profession a disparu au XIXème siècle, vient contredire les quelques détails contemporains distillés de-ci de-là. La belle voix off de la narratrice, voix de vieille dame bienveillante, et l’utilisation même de ce procédé nous placent dans une sorte de fable racontée avant de s’endormir, mais nulle trace de héros ni d’espoir. La pièce oscille en permanence entre deux pôles, nous laissant perdus.

Car malgré des images aux lumières soignées, des pistes que l’on tente de suivre, des ambiances oniriques, Avidya peine à convaincre. La diction de l’aveugle agace, le personnage du fils est opaque, la marionnette et son spectacle sont obscènes, mais surtout, on ne sait pas où la pièce veut nous emmener, quel est son message. On ressort lassés des personnages auxquels on a du mal à s’identifier et un peu étourdis par le chaos final. Et l’on se prend à regretter la poésie d’un autre huis-clos cruel dans une station thermale isolée, celle de Kawabata et de son Pays de neige.

Avidya, l’auberge de l’obscurité
De Kurô Tanino
T2G – Gennevilliers, du 25 au 29 septembre

visuels © Shinsuke Sugino

« Les Fourberies de Scapin » au TGP de Saint-Denis, un classique incarné magistralement par la Comédie Française
Découvrez le teaser de l’exposition Danser Brut présentée au LaM
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *