Théâtre
Les scènes hantées par la Guerre

Les scènes hantées par la Guerre

16 novembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Parler de la mort, parler du terrorisme, parler de la guerre. Nombreuses sont les pièces qui ont parlé de ces sujets et étonnement, en parlent aujourd’hui.

En ce moment Pommerat fait la Révolution en la transposant, ou plutôt en la regardant avec nos yeux d’aujourd’hui. Il est question de faire des choses « illégales car légitimes ». Qu’est-ce-qu’une loi et qu’est-ce-qu’un peuple ? sont les questions que le spectacle pose. Depuis le 13 novembre ces deux questions sont actuelles. A la première, la réponse se trouve dans la rupture, d’une société inégalitaire où les droits sont partagés entre l’Eglise et la Noblesse et les devoirs n’appartiennent qu’au Tiers Etat, les États généraux viennent demander une juste répartition. A la seconde, et c’est le Premier Ministre du Roi qui le demande dès la première scène : « Mais de quel peuple parlez-vous ? », la réponse se niche dans un mot complexe : la Nation. Depuis les premières heures après les morts les profils Facebook sont devenus bleu/blanc/rouge dans une réappropriation du drapeau qui étaient devenu l’emblème du Front National.

Parler des morts, Eszter Salamon l’a fait dans sa danse macabre Monument 0 Hanté par la Guerre. où doucement, avec la voix et le souffle comme seuls appuis rythmiques, Boglárka Börcsök, Ligia Lewis, João Martins, Yvon Nana-Kouala, Luis Rodriguez et Corey Scott-Gilbert offraient une danse à la physicalité implacable. Les corps étaient hantés par les fantômes de l’histoire. Dans un geste qui puisait dans la danse africaine et dans le hip-hop, les postures en seconde faisaient la part belle à une attirance vers le bas. Les pas tapaient comme les bâtons de combats ou de vieillesse dont ils s’emparaient. La chorégraphe proposait donc un spectacle sur la banalité du mal jusqu’à interroger la place de ceux que l’on nomme les « anciens combattants », marqués toute leur vie par le sceau des batailles ici revenus d’outre-tombe.

Parler de la vie en temps de guerre, cela la Winter Family l’avait montré au Festival Impatience en 2011. Le spectacle offrait une distance avec l’actualité en revenant sur l’histoire du pays par le biais des résolutions onusiennes numérotées et datées. Le spectacle a été créé en 2008, année de commémoration de la réunification de Jérusalem. Du haut de ses 34 ans, la jeune femme racontait l’existence d’une génération qui ne connaît la vie qu’à travers la guerre. Pays à la vie rythmée par les attentats.

Les spectacles deviennent désormais des  lieux de mémoire, c’est-à-dire temps structuré propice à la commémoration. Trois exemples qui résonnent parmi des dizaines d’autres. Les scènes réouvrent. Ce soir Eszter Salamon propose la suite de son Monument 0 au CND. Et nous irons.

Visuels : ©Ursula Kaufmann

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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