Théâtre

Les Orchidées fragiles de Pipo Delbono

Les Orchidées fragiles de Pipo Delbono

03 février 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Regarder la mort donne une conscience » nous confiait en interview le 21 juin dernier, le metteur en scène et comédien Pipo Delbono, Cela est un résumé parfait d’Orchidées, son tout dernier spectacle, à voir en ce moment au Théâtre du Rond Point

[rating=4]

Orchidées est comme toujours dans l’oeuvre du metteur en scène italien un portrait double de l’Italie et de sa vie. Le mot Orchidée vient du grec orchis, qui signifie testicule. Et Orchis, on l’apprendra dans le spectacle, est aussi un mythe, celui d’Orchis, un jeune homme fils d’une nymphe et d’un Satyre, condamné à mort pour avoir violenté une prêtresse lors d’un banquet donné en l’honneur du Dieu Bacchus. Dévoré par les bêtes sauvages les Dieux firent naître à l’endroit où son corps était dispersé des plantes fleuries qui portent le nom d’orchidées.

Sous le nom frêle d’une plante d’ornement se cache un cri qui vient puiser dans la religion et dans le sang. Le spectacle commence par une annonce portable fort intime puisque c’est Pipo lui même, qui en régie de sa voix rauque commence à raconter sa définition du théâtre, la façon dont l’Italie le méprise en en faisant un divertissement. Rapidement, il parle de sa mère, aujourd’hui disparue.

Le plateau sera vide et au Lointain, un pan de vidéo viendra illustrer les mots de Pipo et les gestes des comédiens. Nous voici propulsés dans l’ignominie des mots homophobes de « la manif pour tous », nous entrons ensuite dans la contradiction du Vatican, où les corps sont séparés dans un trouble très gay. Bientôt la troupe viendra, composée de onze artistes avec en guest star Bobo, ce comédien microcéphale, sourd, que Pippo Delbono a recueilli il y a 45 ans. Ils sont inséparables. Il y aura de la danse, dans le geste de Pina Paush, qui fut, avec sa mère, l’autre « femme de la vie » de Delbono. On voit surgir un clown vêtu d’une longue robe rouge, et plus tard, les danseurs appelleront la salle à refaire le geste de la farandole triste de 1980, ce spectacle pensé comme « un rite funéraire dans une prairie ». Il y a du travestissement, des gens « hors-norme » sociétale, n’en déplaisent à ceux qui il y a quelques jours hurlaient l’infâme dans les rues de Paris en 2014.

Il y a, à la façon d’un peintre (nous assisterons même à une drôle de vente d’art et à une reproduction vivante et sublime de La Danse de Matisse), une composition ultra sensible qui manque de vaciller à chaque instant. Comme les Orchidées, cette proposition est fragile, prête à mourir. Mais, elle ne ment jamais et cette absolue authenticité fait basculer Orchidées dans un portrait doux qui vient nous envelopper en caressant notre coeur. A la façon de Sophie Calle, Delbono montre la mort, la vraie, celle du corps qui va s’arrêter dans un saignement intense. Il conjure le sort, lui le survivant, comme il l’a fait dans Amore Carne, dans Dopo la Batalgia ou la Menzogna en restant du côté de la folie et de la marginalité. En restant dans une forme de « vérité ».

Visuel : ©DR

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