Théâtre
« Les bonnes » : hystérie jubilatoire au Pandora

« Les bonnes » : hystérie jubilatoire au Pandora

22 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Claire, Solange, Madame, à moins que Claire ne soit Madame, ou Solange… Entre trouble et hystérie jubilatoire, la Compagnie Les Fruits Défendus s’éclate en montant Les Bonnes de Jean Genet. A voir au Pandora jusqu’au 17 décembre.

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Le Pandora est le plus petit théâtre de Paris, pas plus grand que votre salon. Un salon où on sirote du tilleul dans des petits gobelets qui auraient pu contenir un shot de vodka.  Car Aude Benkaki et Cécile Beyer semblent fort saoules quand elles nous acceuillent en louves hurlantes. En guise de bande son, on entend Barbara qui d’outre-tombe nous chante « La nuit, tu dors ». La nuit, les Bonnes changent de vie dans la pièce de Genet. Elle deviennent l’une ou l’autre, jouent à être Madame qu’elles détestent, étouffées par l’humiliation de leur condition qui sonne Ancien Régime.

Mais c’est quand Madame, justement, entre en scène que le spectacle passe d’une adaptation juste de ce texte mordant à une leçon de théâtre. Stéphanie Fumex déboule sur un divan à roulettes. Son look mortel hésite avec raison entre La Castafiore et Patsy dans AbFab. Perruque blonde bouclée et peroxydée. Lunettes noires qui lui bouffent le visage. Vulgarité au max. On éclate de rire. Tout est là : l’ascendance, le mépris, « Madame est bonne » disent … les bonnes. Madame donne des affaires à ses bonnes. Mais les deux sœurs qui rêvent d’amour ne veulent qu’une chose : la tuer.
Peuvent-elle jouer dans la cour des bourgeois ? Elles vont essayer, quitte à tout perdre.
Côté décor, la compagnie fait ici avec les conditions du bord. Les spectacles jouent à la chaîne dans le petit théâtre, la scénographie joue la mobilité. Quelques tissus se transforment en robes de soirées, et les moindres recoins du minuscule plateau sont utilisés. Les murs deviennent couloir, un contrefort se transforme par l’imaginaire en un secrétaire abritant feuilles et stylo permettant aux bonnes d’écrire des lettres de délation visant, dans leurs rêves, à envoyer Monsieur croupir en prison.

Le trio porte ce texte génial écrit en 1947 que Chabrol a adapté de façon mémorable en 1995 sous le titre La Cérémonie.  En alternant folie pure et méchanceté stratège, Stéphanie Fumex Aude Benkaki et Cécile Beyer nous embarquent complètement dans cet univers tragique et sordide où la condition sociale devenue carcan mène à la mort.

Informations Pratiques 

Le Pandora

30 rue Keller

75011 Paris

Spectacle à 19h, ouverture des portes à 18H50. 1H10. Le samedi jusqu’au 14 décembre.

Réservations ici. 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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