Théâtre

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L’épreuve puis Les acteurs de bonne foi de Marivaux

10 décembre 2011 | PAR Sandrine et Igor Weislinger

 

Dans L’épreuve, Lucidor, un riche parisien s’éprend d’une jeune campagnarde, Angélique. Désireux d’éprouver les sentiments de cette dernière à son égard, il demande à son valet Frontin de se faire passer pour un homme riche de ses amis voulant lui-même l’épouser et soudoie un riche propriétaire terrien afin qu’il se pose lui aussi en rival afin de savoir si la belle Angélique l’aime pour lui-même ou pour son argent.

Dans Les acteurs de bonne foi, il y a pièce dans la pièce: une femme influente, Madame Amelin, souhaitant se divertir par une comédie lors du mariage de son neveu avec une jeune femme des environs. Devant le refus de la mère de cette dernière de regarder le spectacle, Madame Amelin décide de faire de sa future belle famille l’objet de son divertissement.

Agathe Alexis est une comédienne et metteuse en scène talentueuse, fondatrice de la compagnie des Matinaux, et du théâtre de l’Atalante. Son indéniable aisance scénique, son originalité, l’aisance et la jouissance dont elle fait preuve sur scène font que nous ne pouvons que partager sa jubilation.

Robert Bouvier est un artiste aux multiples talents: auteur, metteur en scène, comédien, scénariste, réalisateur, il passe d’un rôle à l’autre avec aisance et nous captive par la profondeur de son jeu et la passion qu’il y met.

Ces deux comédies sont assez noires car la cruauté des jeux de la séduction y est manifeste. Les personnages, soucieux de ménager leur orgueil, n’hésitent pas à blesser ceux qu’ils aiment dans le désir d’éprouver leurs sentiments. C’est mordant, grinçant, piquant, haletant, tumultueux et passionné. Il n’y a pas de temps mort ni dans l’une ni dans l’autre des pièces. Le décor est très beau et très original, l’espace est si bien délimité que nous avons le sentiment qu’il est beaucoup plus vaste qu’il n’y paraît au premier abord. Par un jeu de rideaux et de paravents, un grand nombre de pièces apparaissent sous nos yeux et les éclairages rendent habilement les personnages et leurs desseins mystérieux au début de chaque pièce. Les costumes sont à la fois simples et beaux, ils mettent en valeur les charmes des différents acteurs et accentuent l’aspect comique de Madame Argante dans les deux pièces et de Blaise dans la seconde. La modernité de la mise en scène surprend parfois un peu surtout dans la première pièce mais elle divertit plus qu’elle ne choque, elle contribue beaucoup à notre plaisir mais n’était pas nécessaire pour mettre en évidence l’indéniable immortalité des propos des textes: les années passent mais les rapports de séduction ne changent guère.

Les acteurs sont remarquables chacun dans leurs rôles: Robert Bouvier suscite particulièrement notre admiration par la transformation radicale qu’il opère entre ses deux rôles, Guillaume Marquet déploie un talent remarquable en particulier dans la première pièce où il affiche une énergie considérable. Quand à Frank Michaux, il est à la fois amusant et à multi facettes, nous surprenant habilement. Marie Delmarès est une rayonnante jeune fille en fleur mais Maria Verdi volerait presque la vedette à toutes les autres femmes tant dès qu’elle apparait, elle a une présence scénique remarquable. Les autres actrices rivalisent en finesse et en mutinerie, une prestation qui nous bluffe complètement, nous ne voyons pas le temps passer.

Pour tous les passionnés des mots fins de Marivaux, ne pas rater également en ce moment Les jeux de l’amour et du hasard au théâtre Mouffetard (voir notre article à ce sujet).

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Sandrine et Igor Weislinger

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