Théâtre
Leçon de Schtroumpf aux Déchargeurs

Leçon de Schtroumpf aux Déchargeurs

18 avril 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Schtroumpfs sont-ils nazis ? La question peut surprendre, elle est pourtant très sérieuse. L’idée de l’auteur Antoine Buéno fut d’éditer en 2011 un « Petit livre bleu » visant à interroger ce monstre de pop culture. Le livre fut un succès et créa au passage une polémique hors du commun.  Aujourd’hui c’est sur scène qu’il tente d’adapter son ouvrage pour un spectacle  » Politiquement Schtroumpf ! »

Soir de première et comme dans tout bon théâtre contemporain, les comédiens sont sur scène pendant l’entrée du public. L’idée est éprouvée, il s’agit de rompre la frontière entre la scène et la jauge tout en en entrant immédiatement dans un pré-jeu. Ici, le principe est (mal) détourné. Antoine Buéno, dans son propre rôle salue sa maman, ses copines, des amis, sa costumière. La concentration et l’attention se perdent avant le début de la pièce. Cela Schtroumpf moyen …Mais est-ce vraiment une pièce ? A vrai dire, non.

Le spectacle est pensé comme une conférence où, à l’aide d’une présentation détournée façon power point, l’orateur assisté d’une schtroumpfette 100 % cruche (et c’est bien vu), détaille sa théorie ultra fouillée et pertinente de l’histoire des Schtroumpfs comme allégorie d’un régime totalitaire. Le texte tient du génie du point de vue de l’analyse. Les recherches d’Antoine Bueno permettent d’apporter un regard incroyablement neuf sur des éléments tout à fait parlants : on ne peut pas s’enfuir du village des Schtroumpfs, le pouvoir est entre les mains d’un seul homme, la schtroumphette représente « la femme » comme étant une fonction sociale, le village est un lieu dont on ne peut pas s’échapper, les individus sont des clones, ils portent un uniforme… Album par album, à l’aide d’exemples très bien choisis, l’enseignant déroule sa théorie de cette bande dessinée comme vecteur de stéréotypes racistes, antisémites et misogynes. Et cela tient fortement la route.

Sur scène, si plusieurs moments sont hilarants, Antoine Bueno, talentueux auteur et chroniqueur, dans un mix de personnages alliant Jean-Yves Lafesse, Jérome Bonaldi et le professeur Tournessol ne parvient pas à être acteur. En effet, jouer à enseigner n’est pas enseigner. Reste des instants formidables de drôleries cocasses quand les vignettes détournent des images du quotidien de façon peu légères et que les Schtroumpfs comédiens surgissent dans la lucarne symbolisant le petit écran.

Visuel : (c) Ifou pour le Pôle Média

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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