Théâtre
Le Misanthrope de Thomas Le Douarec est formidable

Le Misanthrope de Thomas Le Douarec est formidable

02 août 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Après l’immense succès du Portrait de Dorian Gray, Thomas Le Douarec prenait en 2019 tous les risques en créant une adaptation formidable du chef-d’œuvre de la littérature russe, L’Idiot de Dostoïevski. Cette année son nouveau challenge pour Avignon est le Misanthrope de Molière. Et il est formidable, aussi comique que atrabilaire. Standing ovation.

L’amour absolu

Rappelons rapidement l’histoire du Misanthrope. Alceste, Le Misanthrope est par vertu une personne entière. Cette vertu se transforme en défaut lorsqu’il pousse la franchise jusqu’à vexer Oronte qui le poursuivra au tribunal. Le même Alceste a la faiblesse d’être épris d’une femme, Célimène, une coquette. Chez Le Douarec, Alceste et Célimène sont vraiment amants.Convaincu de l’indignité de celle qu’il aime, il renonce à cet amour exclusif et absolu. Le couple idéal qu’il avait imaginé et qui devait le réconcilier avec le monde n’adviendra pas. Dépité, il se retire dans la solitude donnant à sa misanthropie l’absolu qu’il n’aura pas atteint dans les affaires amoureuses.

Au fond, la pièce de Molière raconte l’histoire d’un impossible. Elle est drôle et sinistre à la fois. La comédie cache une tragédie entre deux personnes égoïstes et enfermées dans leur quant-à-soi, deux amants sourds l’un à l’autre; entre deux ados.

Deux adolescents

Le Misanthrope est une pièce adorée du public et sans cesse réinventée par des metteurs en scène toujours plus audacieux. Cependant, moderniser Molière est souvent catastrophique, les compagnies tombant dans l’écueil malheureux de la parodie de la langue. Ici le rafraîchissement vient de la mise en scène. Molière est présent et préservé. Et c’est tant mieux ! Le rythme accompagné parfois par une guitare est soutenu. La partition rappelle parfois celle de Dimitri Klockenbring de 2012. Le Douarec propose une scénographie moderne à base de grosse teuf dans un salon, stroboscope et ambiance rock avec des marquis androgynes.

Les comédiens sont absolument formidables à défendre le versant comique de la pièce de Molière. Jean-Charles Chagachbanian est excellent en un Alceste authentique amoureux en quête d’absolu, un séducteur déçu. On s’attache à sa tendresse et à sa naïveté. Moment de grâce : ce tableau où l’on voit Alceste revêtir sa maîtresse… La gracieuse Jeanne Pajon est une gracieuse et forte Célimène. Philippe Maynat confirme son talent en un Philinte parfait. Caroline Devisme est une Arsinoé inoubliable. Et le rôle d’Oronte tenu par Le Douarec himself est tout simplement hilarant. La scène du sonnet à elle seule fait déborder de la salle un grondement de rires.

On rit sans pause. Le public dans une standing ovation remercie ces presque deux heures d’immense bonheur et de fidélité au texte et à l’esprit de Molière. La pièce qui a fait le buzz au OFF d’Avignon connaîtra une tournée.

 

Le Misanthrope de Molière. Festival d’Avignon Off – Théâtre des Lucioles. Adaptation et mise en scène de Thomas Le Douarec. Assisté de Caroline Devismes et Virginie Dewees. Avec Valérian Behar-Bonnet, Jean-Charles Chagachbanian, Thomas le Douarec, Rémi Johnsen, Philippe Maymat, Jeanne Pajon, Justine Vultaggio, Caroline Devismes. Lumières de Stéphane Balny. Costumes de Marlotte.Musique de Valérian Behar-Bonnet.

 

 

 

Crédit photo BERNARD GILHODES

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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