Théâtre
L’Art de la comédie

L’Art de la comédie

21 octobre 2011 | PAR Emma Letellier

Nouveau co-directeur du Théâtre Liberté de Toulon, Philippe Berling inaugure sa première saison en mettant en scène une adaptation de L’Art de la comédie d’Eduardo de Filippo. Le Théâtre de l’Ouest Parisien accueille la création du 19 au 23 octobre 2011.

Sur scène, un cylindre austère, gris, sombre figure une façade de bâtiment. Il fait froid. Une femme s’avance et se conte au public. C’est une comédienne. Elle dirige une troupe de théâtre ambulant. Sa baraque a pris feu, les costumes et les décors avec. Elle est ruinée. L’hiver est rude. L’argent manque dans cette bourgade italienne. Seul espoir : le secours du préfet nouvellement affecté. Dans ce moment de solitude, préambule pathétique à une comédie baroque, le talent amoureux de sa matière de Clotilde Mollet est livré avec tendresse à un public ému et captivé. Le texte d’Eduardo de Filippo semble alors nous mener dans un lieu étrange, où le personnage devient comédien, où l’intrigue comique à coulisses et à quiproquos est savamment détournée, pour porter à hauteur de voix une réflexion sur le Théâtre.

Mais bien vite, l’arrivée torse nu d’Alain Fromager – alias le préfet De Caro – ancre le spectacle dans la comédie, ou plutôt dans la farce bouffonne composée de grosses ficelles et de clichés. Le jeu de Fromager a tout du cabotinage : les tocs, la voix forcée, les regards complices vers le public, les attitudes crispées de qui fait semblant sans incarner plantent sur scène une voix qui éructe sans que le texte ne puisse passer la rampe. L’atmosphère, certes, s’est réchauffée. Le cylindre a pivoté et nous nous trouvons maintenant dans ce qui ressemble à un bureau de préfecture des années 1960. Un feu follet bien artificiel trône au milieu de murs roses. Une misérable table de plastic s’allonge sous  un abat-jour d’un violet criard en suspension. Mais les jeux de scène rabâchés du planton et du secrétaire zélé qu’incarne avec talent Jacques Mazeran se perdent dans cette absence d’espace dramatique.  La scène reste vide. Clotilde Mollet s’enlise dans des rictus qui se répètent face au jeu mécanique du préfet, et le propos de Filippo se noie dans un ensemble qui demeure bien sec. Tout se passe comme s’il ne s’agissait plus de théâtre mais plutôt d’une conversation rangée sur la fonction sociale de la scène et l’utilité du métier de comédien.

Dans la deuxième partie de la pièce, une série de personnages va défiler dans le bureau du préfet sans que personne, sur scène ni dans la salle, ne puisse définir s’il s’agit de comédiens ou de véritables dignitaires locaux. Le texte entretient la porosité des frontières entre réalité et fiction, afin de témoigner de la nécessité de théâtre : d’un catalyseur, d’un réceptacle de ce que la société compte de faiblesses et de dangers. C’est le teatrum mundi qu’Eduardo de Filippo met ici en œuvre, s’inscrivant ainsi pleinement dans une approche baroque de l’art de la comédie. Mais la mise en scène ne permet pas aux acteurs de s’adonner à la pleine jouissance du jeu. Lyes Salem, tente en vain dans son rôle de médecin, de déployer son talent de comédien émérite. Le mouvement est résolument écarté du plateau et l’hésitation figée dans une chorégraphie statique qui empêche le vertige réflexif. Le miroir devient opaque, la scène se coupe de son public et le texte replonge dans l’obscurité de son format de Poche.

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Emma Letellier

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