Théâtre

Dimiter Gotscheff, grand metteur en scène du théâtre allemand est mort

21 octobre 2011 | PAR Christophe Candoni

 

 

 

 

Il était l’un des metteurs en scène les plus demandés et les plus importants sur les scènes allemandes, adepte d’un théâtre radical et décapant où l’acteur était roi, Dimiter Gotscheff s’est brutalement éteint dans la nuit de samedi à dimanche dernier à l’âge de 70 ans.

On n’a malheureusement peu vu son travail en France. A la MC93, Patrick Sommier a programmé au regretté festival du Standard idéal Ivanov en 2007 puis Tartuffe l’année suivante, deux formidables productions où s’imposaient les images frappantes et sensibles, l’anticonformisme, l’antibourgeoisisme, l’humour cinglant et l’ironie ravageuse de ce grand homme de théâtre.

Né à Parvomay en Bulgarie le 26 avril 1943, Dimiter Gotscheff s’installe en RDA à partir de 1962 pour y apprendre le métier de vétérinaire. Mais c’est finalement le chemin des études théâtrales qu’il va prendre à l’Université Humboldt de Berlin avant de suivre comme élève puis assistant le metteur en scène Benno Besson, principal héritier de Brecht, et  Fritz Marquardt. C’est ainsi que démarre une longue et belle carrière menée sur les plus prestigieuses scènes allemandes telles que la Volksbühne am Rosa-Luxembourg-Platz, le Deutsches Theater de Berlin, le Thalia Theater de Hambourg, le Schauspielhaus de Düsseldorf que Gotscheff dirige de 1993 à 1996, celui de Bochum duquel il devient artiste associé de 1995 à 2000.

Dimiter Gotscheff y a monté les tragiques antiques, Eschyle (Les Perses), Euripide (Les Troyennes), les classiques allemands bien-sûr, Brecht, Büchner, Lessing, Kleist, mais aussi européens, Shakespeare, Molière, Tchekhov,  des auteurs contemporains comme Koltès (un Combat de nègre et de chiens explosif) et surtout le dramaturge Heiner Müller, une figure indissociable du parcours de Gotscheff qui l’a rencontré en 1964 et n’a cessé d’en monter les textes.

Sa première mise en scène présentée à Nordhausen n’est autre que la pièce Weiberkomödie de Müller, auteur avec lequel Gotscheff connaît la consécration en montant Philoctète à Sofia en 1983, puis Quartett à Cologne en 1985. Comme acteur, il jouait régulièrement depuis 2007 Hammletmaschine qu’il avait transposé après la chute du mur de Berlin pour mieux examiner la réunification de l’Allemagne. Ciment, encore un texte légendaire de Müller, donné au Residenz theater de Munich en mai dernier aura été comme un symbole son dernier spectacle.

Quelques productions de premier ordre demeurent toujours au répertoire de plusieurs grandes institutions allemandes et il faudra se précipiter pour les voir et faire perdurer la mémoire de cet artiste, provocateur, déconstructeur brillant qui, tout en maniant habilement le scalpel et l’audace, centrait simplement son art sur la langue et le jeu des comédiens auxquels il était fidèle. Samuel Finzi, Birgit Minichmayr, Sebastian Blomberg, Almut Zilcher, Wolfram Koch, Margit Bendokat faisaient partie de sa belle famille d’acteurs.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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