Théâtre

La noce au vitriol selon Brecht

13 janvier 2010 | PAR Christophe Candoni

Patrick Pineau prend un malin plaisir à mettre en scène La noce dans une nouvelle traduction signée par Magali Rigaill de La Noce chez les petits bourgeois que Brecht écrit juste après la première guerre mondiale, en 1919. Il s’agit donc d’une courte pièce de jeunesse dans laquelle l’auteur s’amuse à piétiner les conformismes et les conventions. La troupe d’acteurs, très en forme, nous emporte dans un tourbillon d’humour féroce, drôle et méchant.

Un jeune couple fête son mariage. Ce qui est traditionnellement le plus beau jour d’une vie devient un cauchemar où tout est raté, de la crème du dessert à l’ambiance générale. La famille, hôtes et invités à la noce se sont apprêtés de leurs plus beaux habits et sont arrivés avec les visages radieux de circonstance, le sourire vissé aux lèvres. Pourtant, la fête tourne au vinaigre, le vernis social se craquelle et laisse place au désastre dégradant d’une assemblée à cran. Piques verbales, provocations et agressions en chanson fusent sous l’influence du vin qui coule à flot. Loin du cabaret qui colle tant à Brecht, le décor conçu par Sylvie Orcier est stylisé, géométrique : de grands panneaux blancs immaculés mettent en valeur les silhouettes étriquées et noires des convives. C’est dans ce terrain de jeu que les personnages vont se libérer des contraintes qu’imposent le respect et la bienséance. La table de banquet deviendra un champ de bataille, les chaises une à une se cassent, les verres se brisent, les projecteurs tombent…On assiste à l’effondrement des conventions sociales.

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La mise en scène de Patrick Pineau relève du défouloir bienfaiteur. Il y a quelque chose de jouissif à voir tous ces dérapages, cet abandon progressif de civilisation et en même temps contempler l’absurdité de l’humanité qui révèle sa nature profonde dans le déchirement. On aurait pu attendre une lecture plus sombre, plus grave de la pièce, dont l’intrigue n’est pas particulièrement consistante, et par là même une recherche plus fouillée de la psychologie des personnages mais cette version ne s’encombre pas de cela. Les personnages sont dessinés à gros traits comme on ferait une caricature. Hervé Briaux est un père truculent, Anne Fischer en mère possessive, Sylvie Orcier en vieille fille, Aline Le Berre dans l’amie névrosée, Regis Royer, maladroit et touchant…Les comédiens, éblouissants, ne craignent pas l’excès et assument totalement un jeu outrancier qui s’avère très efficace. On rit énormément.

Même si tout finit en happy end, chez Pineau, Brecht a des accents du théâtre de l’absurde. Il interroge la folie et la profondeur de la nature humaine et on croirait assister à la représentation d’une pièce d’Eugène Ionesco. On se dépêche de rire pour ne pas déprimer face au comportement des individus et au monde qui se déglingue sous nos yeux.

La Noce, du 9 janvier au 2 février 2010. Du lundi au samedi à 20h30 et le dimanche à 15h30, relâche les mercredis et jeudis. A la MC 93 de Bobigny, salle Christian Bourgois, 1 boulevard Lénine, Métro Bobigny – Pablo Picasso (Ligne 5). 01 41 60 72 72. www.mc93.com

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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