Théâtre
La Machine de Turing reprend dès le 20 août à Paris

La Machine de Turing reprend dès le 20 août à Paris

12 août 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

La pièce aux 4 Molières La Machine de Turing reprendra à partir du 20 août au Théâtre Michel. Benoit Solès Molière du meilleur comédien dans le rôle titre n’avait pas rejoué la pièce à Paris depuis décembre 2019. Cette reprise constituera l’acte inaugural de la saison d’après covid.

Turing fut un des pères de l’informatique. Lors de la Première Guerre mondiale il perça grâce à sa célèbre machine les codes de l’ennemi allemand. Ce décodage ne fut utilisé qu’avec prudence par l’armée anglaise qui préféra accepter des morts évitables dans ses rangs plutôt que d’éveiller les soupçons de l’ennemi. Le destin de Turing est au diapason, aigre-doux.   

La pièce est un manifeste politique.

Dans un décor sans âme Alan Turing, professeur d’université et chercheur en mathématiques, dépose plainte pour cambriolage. La police établit que l’effraction est liée à une relation homosexuelle qu’il entretient avec une petite frappe garçon de café. Or en 1952, l’homosexualité est un délit au Royaume-Uni et Turing sera condamné à la castration chimique. Il se suicidera deux ans plus tard, il avait 41 ans. Il est pourtant ce Turing, surdoué, autiste Asperger qui fut un brillant scientifique. Après des travaux sur l’intelligence artificielle, il est recruté par les services secrets britanniques afin de percer les messages codés de la machine allemande Enigma. Il y parvint et contribua à la victoire des Alliés.

L’histoire ne retiendra rien de lui ; il y a comme un acte politique aujourd’hui à aller assister à cette pièce réhabilitation. Turing héros de guerre n’a jamais connu la gloire car sa mission fut  classée secret-défense ; car comment faire hommage à un délinquant sexuel?  

La pièce est aussi un immense moment de théâtre grâce à l’excellence du jeu de Solés.

Sur scène un écran géant accompagne le récit par des archives ou des équations. La mise en scène de Tristan Petitgirard est précise et froide car elle se veut un cocon qui fait la part belle au comédien Benoit Soles qui crée là un personnage lumineux et dionysiaque d’humanité. Il résiste à toute critique. Il est prodigieux en ce personnage complexe, génie bègue et foncièrement optimiste. Radicalement attachant. Face à lui, Amaury de Crayencour qui incarne tout les autres personnages soutient remarquablement la proposition. Pour la générosité de son propos et de son acting la pièce est un devoir et un plaisir. On se félicitera que cet automne, une adaptation espagnole se jouera à Madrid puis en allemand à Hambourg.

 

 

La Machine de Turing
de Benoit Solès , mis en scène par Tristan Petitgirard
Théâtre Michel, Paris
Crédit Photos :© Fabienne Rappeneau

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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