Théâtre
La dernière heure de Reine au Théâtre Essaïon

La dernière heure de Reine au Théâtre Essaïon

03 avril 2011 | PAR La Rédaction

Comme le disait Andy Wharol, un jour viendra où chaque être humain aura son quart d’heure de gloire.

Et voilà Reine d’apparaître sur scène, serrée dans sa belle robe rouge, comédienne douée, convaincue de son talent et prête (ou presque) à assumer une décision déterminante pour sa carrière : elle livrera aux spectateurs son dernier spectacle, où tout lui sera permis, où elle jouera les plus grands rôles du répertoire théâtral et les plus belles scènes du cinéma, où elle chantera, dansera … et à la fin de cette heure de gloire impitoyablement décomptée par un sablier (hélas, maladroitement manipulé pendant la représentation !) elle dira adieu à son public, aux planches, à la vie même…

« Et après, qu’est ce que je deviens ? Je ne sais pas ! ».

A ses cotés, l’inséparable assistant Wilfrid lui prépare fidèlement ses accessoires et se prête à jouer avec elle certaines scènes célèbres : pas celle de Roméo et Juliette tout de même, où l’exigence d’avoir un Roméo plus « viril » pousse Reine à en chercher un dans le public. Malgré la gêne initiale, il s’agit du moment le plus jubilatoire de la pièce.
Troisième personnage la violoniste Ingma, soeur de Wilfrid, qu’il a “embauché” pour accompagner en musique certaines scènes du spectacle, et qui dégage une présence assez ambigüe. Son irréductible maladresse physique est à plusieurs reprises victime de la colère de Reine ; sa recherche désespérée de la sortie du théâtre à la fin de sa performance représente l’aspect carcéral du plateau, duquel on ne peut sortir qu’en mourant.

Et c’est bien la mort que Reine appelle, avec un improbable téléphone, entre ses différents morceaux de virtuosité : elle lui dit de l’attendre, car son dernier spectacle est en train de se terminer… Le moment où le rideau tombera et la lumière s’éteindra est celui de la mort de Reine, assise sur une chaise à attendre, terrifiée et déjà résignée, la seule inéluctable et inévitable sortie d’un acteur à la fin de sa carrière. On touche ici à la dimension de l’héroine tragique, qui court avec pleine conscience vers la catastrophe.

Une intense réflexion accompagne donc la pièce, sur la question de l’artiste sur scène, sur sa difficulté de revenir au monde réel et sur sa vie de renoncements sur l’autel du plateau, seul endroit où il se sent maître et auteur de son destin.

Dans les notes d’intention de la compagnie on relève l’exigence de donner vie à une pièce « hybride, multiple, libre » : il s’agit d’un défi gagné qui malheureusement empêche le spectacle d’atteindre un certain niveau de cohérence formelle, en le faisant tergiverser entre tragédie et farce. Cet effet, sans doute volontaire au nom d’un théâtre « vivant », est parfois obtenu avec hésitation, au détriment d’un certain équilibre scénique.

Belle épreuve de la comédienne principale, Karine Casati, véritable « Reine » de la scène!

Avec Karine Casati, Eric Descargues et Capucine Pellet.

Sara Anedda

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La Rédaction

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