Théâtre
L’Oiseau Bleu, »The Battle of the War », à l’Européen: Le débile volatile et l’économie de marché.

L’Oiseau Bleu, »The Battle of the War », à l’Européen: Le débile volatile et l’économie de marché.

08 mars 2011 | PAR Laurent Deburge

Il arrive dans la salle en titubant, marmonne, éructe un sabir abscons et vient s’affaler sur scène, dans sa cape et sa combinaison de soie. Armé de son bec tarabiscoté, de sa guitare et de la flute à bec, au milieu des coussins et des ballons de baudruche, il doit encore faire son spectacle. Ce prince des nuées aux airs limités est l’Oiseau Bleu. Pour tout avouer, il a l’air franchement idiot, et l’idée de passer une heure en sa compagnie fait d’entrée de jeu assez frémir, tant on a l’impression d’avoir été enfermé dans un centre spécialisé. Alors on se regarde, un peu consterné, et puis on regarde la salle, bondée, en transe, hurlant de rire et le doute nous envahit, entre affliction et sentiment de l’absurde. Nous sommes dans le genre du dessin animé, de la bande dessinée, et l’oiseau bleu va nous conter, pendant plus de deux heures, « The Battle of the War », une série en 9 épisodes, génériques compris.

Pour résumer, l’oiseau bleu arrive à Düsseldorf, fait sa formation de Coucou dans une usine, en alternance, et décroche son CDI chez son employeur Mme Meule, d’où il conclut, les enfants, qu’il faut travailler les maths et la physique pour pouvoir participer à la société et avoir un poste clé au sein de l’entreprise. Avec son compagnon le hérisson Pico Pico et leurs amis, il décide d’attaquer la Suisse, aux mains d’une armée de chômeurs (ces êtres en sandales qui font « ouais ouais ») dirigés par l’infâme corbeau noir Chasla. A la fin il délivre la princesse de Jade…

Ce personnage, créé par Aymeric Aymard 2002, lorsqu’il frayait avec Edouard Baer, François Rollin et leur Grand Mezzé, est une sorte de punk fasciste qui s’inscrit dans une grande lignée de débiles mentaux, de Fernand Raynaud à Jamel, en passant par Coluche, Albert Dupontel, Les Deschiens ou Dany Boon. Et pourtant, ça et là, il émaille son salmigondis de références précises, de réflexions politiques, souvent cruelles, qui font rire assez jaune. Il crée un univers onirique, surréaliste, à la Raymond Devos, dont il ne perd jamais le fil (de bave, bien entendu). A la fois très écrit et très improvisé, l’art de l’oiseau bleu procède du théâtre de rue, et se joue toujours des genres, dans un perpétuel commentaire, une mise en abyme et une distanciation créant une complicité parfois hilarante avec la salle.

C’est qu’il n’est pas si con, l’oiseau bleu, et, perplexe, il nous demande même souvent si on a compris. « On m’avait pourtant dit qu’il y avait des cadres, ce soir… » A la fois drôle et effrayant, autoritaire et touchant, ce volatile bleu UMP ou même Marine, en guerre contre les chômeurs et autres parasites de la société, nous donne un singulier cours d’économie du travail et nous délivre une véritable réflexion sur la parole en politique, sur le charisme et la fascination des masses. Rien de tel en effet qu’un one-man-show pour faire cette inquiétante expérience de la psychologie des foules. Malgré la durée interminable de son spectacle, l’oiseau bleu hystérise parfaitement son public, avec son cocktail de bêtises et d’effarante lucidité.

Ce conte infantile pour adultes évoque les cabarets berlinois des années 30, et l’affiche du spectacle elle-même a un côté propagande, évoquant celle de Metropolis ou le Mephisto de Klaus Mann.
L’oiseau bleu s’en prend aux spectateurs, les prend à partie, agresse les enfants, et termine son spectacle par une réjouissante bataille de coussins avec le public.

Ce spectacle est une épreuve, par sa durée et l’infinie logorrhée de l’infernal coucou. Que l’on aime ou pas son type d’humour, on doit toutefois saluer la performance et l’abattage de l’Oiseau Bleu, et sa capacité à nous plonger dans son univers délirant, sans perdre l’espoir de nous voir devenir enfin compétitifs sur le marché du travail.

 

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