Théâtre
[Interview] Jean-Michel Rabeux « Le conte permet de jouer avec la peur »

[Interview] Jean-Michel Rabeux « Le conte permet de jouer avec la peur »

23 novembre 2012 | PAR La Rédaction

Après la « Barbe Bleue » Jean-Michel Rabeux adapte et  met en scène « Peau d’Âne », à la MC93.  Réjouissant, on vous l’a dit ici, ce qu’on vous avait caché, c’est que juste après la représentation, on s’est retrouvé dans la salle pour une discussion à bâtons rompus avec lui. Le sujet : mais comment fait-il pour tomber si juste ?

C’est votre deuxième spectacle jeune public, pourquoi vous êtes- vous tourné  seulement maintenant vers le jeune public ?

Sincèrement, je ne  sais pas. Tout ce que je peux vous dire, c’est que pour moi, c’est la même chose. Les thèmes sont les mêmes. Le danger  et les délices que le théâtre doit représenter sont les mêmes.  Il y a un auteur Russe qui dit « le théâtre jeune public c’est pareil, sauf que c’est plus difficile ». Une fois que l’on a dit ces généralités, il y a des différences dans la forme. Je ne veux pas exclure les enfants par incompréhension. Je veux qu’ils comprennent tout. Cela ne veut pas dire qu’ils comprennent tous les mots. J’essaie de faire en sorte que les gestes accompagnent les mots. Je fais en sorte qu’ils ne soient pas bloqués à cause d’un mot.

Et puis, il y a un principe de délicatesse. Le théâtre et l’art en général contient une forme de cruauté. Les adultes s’arrangent avec cela. Pour les enfants c’est différent. Ils sont profonds, il faut leur permettre de botter en touche, c’est pourquoi on utilise le rire, des formules plus douces. On fait en sorte de ne jamais fermer, de toujours laisser la place à l’imagination.

Quand ma grand-mère me racontait des contes, toujours cruels par essence, c’était sa douceur qui me les rendait acceptables. La représentation théâtrale est beaucoup plus dure que la douceur de ma grand-mère.

C’est pour cela que je fais attention à ce que le rire vienne défaire la cruauté. C’est pour cela que la fée est grotesque.

Vous avez choisi deux contes particulièrement cruels.

Regardez l’ogre du Petit Poucet, La petite sirène qui marche sur des lames de rasoir car pour aimer elle a perdu sa queue, Le petit chaperon rouge… ils sont tous cruels. Ce n’est pas un hasard. Toute éducation bien faite doit apprendre à l’enfant que lui même est cruel. Le conte permet de jouer avec la peur. Le merveilleux du conte l’extrait du réalisme du fait divers en imposant une dualité entre possible et impossible, cela clignote.

Comment réagissent les enfants ?

Lors de la première, il y avait 250 enfants de sept ans. Pendant la scène de la mort de la mère, ils étaient stupéfaits, profonds. Ils comprennent, ils ont affaire avec le sujet. J’essaie de ne pas affadir le propos. J’avais peur de monter Peau d’Âne car le spectacle parle de l’inceste. J’ai commencé par La barbe bleue car cela me paraissait plus facile de parler d’un serial killer…

On a mis des garde- fous, quand la fille apparaît, on a fait des allusions à Tex Avry, au loup et hop les enfants rient !

Vous avez un projet « Transmissions », est-ce que le fait de jouer ici, à Bobigny entre dans ce cadre ? Pouvez vous nous le raconter.

Evidemment. Une maison comme ça nous met en rapport avec des publics. J’ai la passion de ça : mettre des publics non conformes devant des spectacles non conformes. Evidemment, la MC93, le territoire sur lequel elle est et son histoire permettent de travailler à amener au théâtre des gens qui ne savent même pas ce que c’est. C’est un travail politique, une forme de militantisme. J’essaie de proposer des choses qui exercent leur tolérance. Ce soir, ils se sont sentis agressés par le personnage de la fée travestie, mais vite ils se calment.

Sur scène il y a de l’exubérance. On pourrait penser que pour entendre un texte, il faille du dépouillement. Or, chez vous,  de l’accumulation vient la compréhension. Pouvez vous l’expliquer ?

40 ans de boulot ! C’est dur. J’aime beaucoup l’expressionnisme, que cela jaillisse aux yeux des spectateurs. J’aime beaucoup l’inattendu, tout ce qui fait profusion. Et en même temps, le texte est premier, la situation engendrée par le texte est première. Je ne veux pas de mouvements de décors qui tueraient des mouvements du texte.  Pourtant ça bouge car tous les bordels sont soumis à l’intelligence du texte. Le décoratif qui tue l’enjeu dramatique, je le déteste, je ne l’aime que s’ il fait entendre le texte, la pensée, la présence humaine d’un auteur.  Si ça ne sert pas le texte, je ne le fais pas.

Et en même temps j’aime bien quand ça pète un peu ! J’ai été  assistant de Claude Regy que j’admire. Pour les spectacles adultes, je peux faire des choses très minimalistes, mais pour les enfants et les ados, il faut leur offrir le plaisir du plateau sinon ils décrochent. J’aime leur offrir ça, moi je pourrais me contenter d’un acteur seul avec un  projo, je n’ai aucun problème avec ça.

 

 

 

Avela Guilloux et Amélie Blaustein Niddam

Crédit photo : (c) Benoît Linder

 

 

 

 

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