Théâtre
Ida ou le délire à la Maison de la Poésie : Anaïs de Courson habite le texte d’Hélène Bessette

Ida ou le délire à la Maison de la Poésie : Anaïs de Courson habite le texte d’Hélène Bessette

26 janvier 2012 | PAR Yaël Hirsch

Dans la Petite salle de la Maison de la Poésie, l’époustouflante Anaïs de Courson porte seule en scène le dernier texte publié d’Hélène Bessette « Ida, ou le délire ». Dans une performance totalement bouleversante, la comédienne redonne vie à « une veillée funèbre qui ne finira jamais ». Magistral.

Auteure aujourd’hui méconnue, Hélène Bessette a eu son heure de gloire dans les années 1950. Publiée chez Gallimard,  reconnue par des pairs aussi illustres que Marguerite Duras, Nathalie Sarraute ou Claude Mauriac, créatrice de la revue Le Résumé (1 numéro), elle publie son dernier livre, « Ida ou le Délire » en 1973. Après, elle continue toujours à écrire mais ne sera plus éditée jusqu’à la fin de sa vie, en 2 000. Aujourd’hui, ce sont les éditions Léo Scheer qui ont repris le flambeau. Dans son passionnant  journal de la création de la pièce, la comédienne et metteuse en scène Anaïs de Courson, raconte que c’est dans une librairie qu’elle a découvert Hélène Bessette. Et qu’il a fallu plusieurs années de maturation pour arriver à ce projet : « Ida, ou la folie ».

Seule en scène, sur un plateau incliné, dans une longue robe blanche un peu rêche -voire monacale- la conceptrice et interprète de ce spectacle poétique raconte Ida. Ou plutôt tout ce qu’on ne sait pas d’Ida, la servante vieillissante, intelligente, aux grands pieds qu’elle fixait trop et qui est morte soudainement, renversée et projetée par un véhicule. Une femme secrète, sur laquelle ses patronnes ont des a priori. Si le texte est parfois décousu, c’est toujours avec a propos; un peu à la manière des tropismes de Nathalie Sarraute, mais comme si ces tropismes pouvaient avoir plusieurs voix, alors même que la seule voix dont Bessette parle, Ida, est morte.  Sa voix, Anaïs de Courson en maîtrise chacune des intonations, graves et puissantes. Elle offre pendant près d’une heure des modulations toujours passionnantes et qui donnent tour à tour le fou rire et  le frisson. Dans une lumière aussi élégamment déclinée que l’écho des mots, elle sait se figer, assise devant une fenêtre en cave ou allongée, aussi bien que se projeter contre les murs devant l’absurde d’une méconnaissance irréparable : Ida. Elle offre ainsi à son public médusé une grande interprétation d’un texte dont elle suggère toutes les nuances. « Ida ou le délire » est tout simplement un grand moment de poésie, de théâtre et de vie.

Ida ou le délire, d’après le roman d’Hélène Bessette, conception et jeu Anaïs de Courson, lumière et assistant à la mise en scène Bastien Courthieu, scénographie et costume Claudia Jenatsch, durée du spectacle : 1h.

Photo prise par Emmanuel Turlet de la première représentation (25/01/2012) à la Maison de la poésie. Pour voir toutes les photos prises par ce talentueux photographe, c’est ici.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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