Théâtre

Hamlet par David Bobee : Noir c’est noir

26 novembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Présentée en ce moment à la Maison des Arts de Créteil, la dernière création de David Bobee et la compagnie Rictus est à l’évidence un tournant dans la carrière du jeune metteur en scène. Une fois n’est peut-être pas coutume, Bobee monte une pièce classique, dite du grand répertoire, et non pas des moindres, puisqu’il s’attaque à Hamlet. Une représentation à la fois fidèle au texte de Shakespeare (retraduit par Pascal Collin) et à son écriture scénique contemporaine et pluridisciplinaire.


Dès le départ, Hamlet est résolument placé sous le signe de la mort. Le décor, clinique et froid, figure une immense morgue, entièrement carrelée en noir. Tout est funèbre. Alors que les spectateurs gagnent leur place, le corps du noble roi assassiné gît au premier plan sur son lit mortuaire qui n’est autre qu’une table laborantine. Les hauts murs traduisent un espace-prison dans lequel étouffe le héros.

Dans la mise en scène d’Hamlet par Ostermeier, autrement plus turbulente, la terre boueuse giclait de partout pour maculer les visages et les corps. Ici, c’est l’eau qui investit le plateau, elle jaillit, éclabousse alors qu’aucune purification n’est possible. Le crime et le sang ne sont pas lavés au royaume pourri du Danemark. Si le spectacle de trois bonnes heures sans entracte traîne en longueur, cet élément liquide ne manque pas son effet spectaculaire à l’image du duel final entre Laërte et Hamlet où les corps déchaînés ou immobiles se livrent à un véritable ballet visuellement réussi.

La mise en scène est pertinente malgré quelques lourdeurs. Le problème vient d’une distribution inégale qui réunit des comédiens dont la technique n’est pas irréprochable. Le Polonius de Pascal Collin et le Claudius de Jérôme Bidaux sont ridiculisés à outrance, Abigaïl Green est une singulière Ophélie, difficile de s’y faire au début mais, malgré une scène de délire timide, elle séduit par son étrangeté à mesure de la représentation.

La bonne surprise de cette production vient du Hamlet de Pierre Cartonnet, un artiste acrobate venant du cirque, un choix étonnant et tout à fait génial. Son Hamlet est un enfant touché au vif. L’acteur fait preuve d’une douceur simple comme d’une violence inouïe. Il déverse sa rage en criant dans le vide, éructe des râles de gorge comme l’expression brute, animale de son tourment. Il joue un Hamlet révolté et aussi douloureux, tourmenté, jamais tranquille, aux tendances suicidaires. Il faut le voir suspendu à un long mât, la tête en bas, aspiré vers le vide. Mélancolique, écorché, sauvage, il véhicule un imaginaire impénétrable, habite avec ses fantômes et ses démons, confine à la folie. Il s’avère bouleversant et inquiétant dans le célèbre monologue « être ou ne pas être, c’est la question ». On a le sentiment que Hamlet est déjà passé de l’autre côté.

Hamlet, ME 24, JE 25, VE 26 ET SA 27 NOVEMBRE à 20H30 dans la GRANDE SALLE de la MAC (M°Ligne 8), 01 45 13 19 19, www.maccreteil.com


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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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