Théâtre
Galin Stoev dynamite Le Jeu de l’amour et du hasard et les acteurs de la Comédie-Française

Galin Stoev dynamite Le Jeu de l’amour et du hasard et les acteurs de la Comédie-Française

27 septembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Avec cette nouvelle mise en scène du « Jeu de l’amour et du hasard » présentée au Centquatre (jusqu’au 4 octobre) avant la salle Richelieu, la Comédie-Française remplit on ne peut mieux sa mission de faire vivre le répertoire. A l’initiative de Muriel Mayette, la troupe quitte ses ors et velours pour aller à la rencontre d’un autre public. Galin Stoev donne pour l’occasion un bon coup de jeune à la pièce de Marivaux et en restitue toute la modernité, la sensualité, l’allégresse et la profondeur. C’est parfaitement réjouissant.

Dès la première scène, Silvia (Léonie Simaga) et sa servante Lisette (Suliane Brahim) discutent mariage, toisent les hommes dans la salle encore allumée, détaillent les défauts d’un Ergaste, d’un Léandre, d’un Tersandre… Le jeu est facétieux, complice avec le public. On a le sentiment de voir deux jeunes femmes d’aujourd’hui. Tous les comédiens, au talent éclatant, adoptent ce parlé direct et concret, ce rapport au texte libre, désencombré et débarrassé des conventions. C’est la grande qualité du spectacle que propose Galin Stoev car on entend et comprend tout. La langue si complexe et littéraire de Marivaux est ici audible, intelligible à merveille. Ainsi, on redécouvre un texte qu’on connaît pourtant par cœur.

Le décor, judicieux et très caractéristique des scénographies que conçoit Galin Stoev pour le théâtre, joue sur la fragmentation et la transparence. L’espace scénique affiche ou dissimule pour souligner la confusion des personnages qui s’y perdent comme dans un labyrinthe et paraît du coup propice à la surprise ou au secret. Les tentures fleuries pourraient aussi bien évoquer les peintures de Watteau, les jardins de la carte du tendre, autant d’éléments qui renvoient au siècle des Lumières. Galin Stoev le convoque également dans certains costumes qu’il a souhaités volontiers d’époque  avec sans doute une intention parodique dans leur excentricité. Sa mise en scène appuie parfois ses effets mais c’est irrésistible de drôlerie. Il y a beaucoup d’exubérance, d’inventivité, de vivacité sans manquer ni de profondeur ni de gravité. La confusion des sentiments y est exacerbée.

Bonheur de jeu total avec Léonie Simaga, une des personnalités les plus affirmées de la troupe. Elle irradie et donne un côté piquant, capricieux, indécis à la pimbêche Silvia, tellement amoureuse, qui n’a plus rien à voir avec une jeune première sotte et sans relief. Avec Alexandre Pavloff en Dorante, doux mais piqué à vif, ils forment un couple glamour et sexy face aux valets campés par Suliane Brahim (légère, elle aussi charmeuse, dont le jeu est plein de fantaisie) et Pierre Louis-Calixte, rustique et ridicule dans un costume de prince de pacotille façon dessin animé. Aux ficelles de ce jeu de l’amour sans hasard, Christian Hecq fait du père Orgon une crème d’homme. Son comique inné tire le personnage vers une dinguerie amusante. Le frère Mario est lui aussi bien étrange tel que le joue l’excellent Pierre Niney en pantalon bouffant et long manteau de fourrure blanche. Il est totalement illuminé et passionné d’expériences. Sous leurs yeux, les sentiments se dévoilent au grand jour et les cœurs se trouvent. La réaction chimique est infaillible et explosive.

photo, Brigitte Enguérand

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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