Théâtre
Gaël Colin met le Sida hors milieu

Gaël Colin met le Sida hors milieu

30 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il arrive en diva, descendant le grand escalier du so chic café du Théâtre du Rond-Point dans une aisance digne de Liza Minelli dans Cabaret. Il s’installe, souriant, jeune homme fort charmant. Vient le temps de la rencontre, les armures tombent et le metteur en scène des Élégies pour les Anges, les Punks et les Folles Perdues, défend étonnamment une forme d’engagement non militante.

Gaël Colin, jeune trentenaire, met en scène son déjà douzième spectacle avec « Elégies pour les Anges, les Punks et les Folles Perdues », à partir du 22 mars au Théâtre du Ranelagh. Le diplômé du Conservatoire National de Région de Versailles a fait ses classes musique au Guildford School of Acting, une école de Comédie-Musicale en Angleterre. C’est là-bas qu’il joue ce spectacle, « touché ». Il se souvient d’un soir particulier : « une spectatrice qui est venue nous voir en nous disant qu’elle avait récemment perdu un ami du sida et qu’elle lui en voulait beaucoup. Elle nous a dit « ce soir j’ai compris », je suis contente qu’il soit là où il est ». « Touché » dans le mille. Depuis il pense à monter la pièce en France. C’est en bonne voie.

Sur sa route, il a mis des comédiens sachant chanter. Après un casting monstre : 900 cv, 300 auditions, il rassemble les 12 interprètes qui partageront leurs impressions, sur des chansons accompagnées en direct au piano, à la harpe et au violoncelle. Emmanuel Vacarisas est présent pendant l’entretien. Lui aussi assume son homosexualité et se dit plus « militant » que Gaël Colin. Il donne « chaque mois à AIDES ». Le virus continue de lui faire « peur » et ce spectacle inscrit un tournant plus lourd dans sa carrière même si, et le metteur en scène insiste, on rit beaucoup dans ce spectacle. Il veut « aller vers l’amour et la légèreté car c’est comme ça que le texte est écrit. Il y a une forme poétique, ce sont des élégies, à respecter. »

Parler du SIDA en 2011, sur scène, c’est tenter de toucher une génération qui a une relation différente au virus. Les lycéens ne voient pas leurs amis ou leurs chanteurs favoris mourir à la chaîne. La vigilance baisse. « L’insouciance des ados est permanente c’est normal ». Alors, la troupe ira dans les lycées, parler du spectacle, susciter les questions et prises de conscience. Engagé toujours, Gaël Colin a obtenu de Bill Russell qu’il écrive un nouveau monologue suite à une rencontre avec l’association URACA, une association de migrants africains pour la prévention du sida et la solidarité en France et en Afrique.

On gratte un peu. Est-ce qu’il faut être gay pour parler du Sida ? Gaël s’offusque en souriant : le spectacle est sur le sida, mais il aurait pu être sur autre chose. Le spectacle n’est pas un spectacle homo pour les homos. En revanche, l’entourage proche du jeune homme le conforte dans sa volonté de monter cette pièce : « J’ai un ami qui a perdu son copain du sida. Un jour, dans un embouteillage sans fin il m’a raconté, et j’avais l’impression d’entendre des phrases issues du spectacle. »

Parler du Sida comme une maladie normale engendrant les mêmes questions que les autres sur le deuil est son leitmotiv. Ce qu’il défend avant tout c’est la nécessité d’apprendre à vivre avec la maladie. « Élégies » fait parler les morts qui disent leur vie avec le VIH, il y a le regard des vivants sur cette mort qu’ils ne comprennent pas.

« Élégies pour les Anges, les Punks et les Folles Perdues » vient casser les stéréotypes sur le sida en mettant en histoire « autant d’hommes que de femmes, des hétéros, des homos, des junkies. Il faut que dans ce spectacle, les gens s’y retrouvent. » Un dernier vœu ? « J’aimerais à notre échelle, 18000 personnes peuvent voir le spectacle, susciter des prises de conscience, faire en sorte que les gens se fassent dépister. »

Le spectacle se jouera en partenariat avec le Sidaction.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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