Théâtre
« Fin de de partie » de Samuel Beckett, mis en scène par Jacques Osinski

« Fin de de partie » de Samuel Beckett, mis en scène par Jacques Osinski

18 juillet 2022 | PAR David Rofé-Sarfati

Après Cap au pire et La Dernière bande, Denis Lavant et Jacques Osinski poursuivent leur compagnonnage autour de l’œuvre de Samuel Beckett. En attendant un jour peut-être Denis Lavant en Dépeupleur, nous l’avons goûté en Clov dans un Fin de partie d’anthologie. 

Après Cap au pire et La Dernière bande, et plusieurs monologues beckettiens en compagnie de Denis Lavant, Jacques Osinski gagne son nouveau pari, excitant et effrayant : Fin de partie, la grande pièce de Beckett. Le couple Denis Lavant, Frédéric Leidgens soutenu par Peter Bonke et Claudine Delvaux marque pour  toujours notre relation privilégiée avec l’oeuvre beckettienne. 

La fin est dans le commencement et cependant on continue.

C’est à la suite de la mort de son frère et à la lecture de la Bible et en particulier du récit du déluge que Samuel Beckett est emporté par une fièvre de création et entame l’écriture de l’une de ses plus célèbres pièces : Fin de Partie. Au début de son travail, il n’a que deux personnages A et B et déjà A se nomme Ham comme un des fils de Noé.  L’écriture est longue, pénible, tendue et jouissive.

Fin de partie est certainement la pièce préférée de Samuel Beckett.

Jacques Osinski l’a saisie avec précaution, respect et amour. Il l’a implantée à l’endroit même de sa création : le ressac d’une catastrophe… et son répit. Tout à coup, une accalmie semble possible et il faut voir les choses en grand. Sommes-nous sur terre ? Sommes-nous sur l’arche de Noé après la fin du monde ? Peut-être est-ce déjà le purgatoire… La pièce raconte un monde qui s’écroule. Et nous dévoile l’essentiel, l’ombilic du rêve de Beckett, le centre de gravité de sa pensée : nous sommes sur terre, c’est sans remède. 

Une accalmie qui gronde.

Frédéric Leidgens est Ham, aveugle, sombre, méchant et si malicieux. Denis Lavant est un Clov pluriel, aussi triste que joyeux, aussi pessimiste que volontaire. Les silences entre eux grondent. Osinski prend son temps ; il nous offre le temps de l’immersion dans ce minuscule et ridicule royaume de pacotille où seuls les mots comptent, où seul l’humour des mots sauve encore parfois. Car ici, il nous reste en partage l’amour qui se rate toujours et les signifiants qui nous échappent. J’emploie les mots que tu m’as appris. S’ils ne veulent plus rien dire apprends-m’en d’autres. Ou laisse-moi me taire.

Frédéric Leidgens accepte toutes les identifications-répulsions tandis que Denis Lavant chemine lentement vers sa fin bouleversante. L’orfèvre Jacques Osinski, fidèle à son biais, nous offre ceci qui est indicible : le texte de Beckett si intime de sa psyché et sa pièce si proche de nos âmes. 

Aux applaudissements, le standing ovation lui donne raison. 

Fin de Partie, de Samuel Beckett, Mise en scène : Jacques Osinski, avec Denis Lavant, Frédéric Leidgens, Peter Bonke, Claudine Delvaux

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Crédit Photo © Pierre_Grosbois

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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