Théâtre

Faust à l’Odéon, est-ce un rêve ou un somme ?

27 mai 2009 | PAR Erwan

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Voir Faust en lituanien surtitré, c’est un exercice perrilleux, surtout lorsque le surtitrage n’est pas dans l’axe de la scène. Je me suis risqué à goûter du Goethe ce soir et à la fin des trois heures et demi j’ai compris pourquoi.Récit d’une expérience.

Il y a ce premier acte onirique, durant lequel j’ai rêvé. Je ne sais pas si je me suis endormi ou si j’étais éveillé. Enfin si ! J’avoue, j’ai somnolé, l’esprit emporté par ces questions métaphysiques et cette langue poétique qui conduisent les réflexions paradoxales. Les yeux s’ouvrent, l’esprit goûte aux pensées sur l’âme pour retomber dans le néant. La sensation est agréable comme celle d’une sieste. Dans un décor fait de balançoire en bois bûche, un homme, Faust fait part de ses difficultés à être vieux dans son corps et d’être toujours jeune et vaillant dans son esprit. Mephisto rôde, rustre. Le diable lui a donné son aval. Des idées surgissent du décor. Les déplacements sont plein d’emphase. Tout n’est que réflexion. Je voulais partir à la fin du premier acte parce que mon esprit est désormais conditionné par une boisson gazeuse que vend une certaine chaîne de télé. Et puis, une petite voix m’a dit, que, je pouvais encore…

Le deuxième acte montre l’approche du diable autour du vieil homme. Et faustcomment vient la tentation. Le décor est toujours aussi insaississable, plein de symboles hermétiques, le jeu des acteurs est parfois trop expansif, mais la langue lituanienne s’apprivoise, et Faust est présent. Ce combat qu’il mène contre le diable pose la question judeo chrétienne du dualisme entre le bien et le mal. Et cette autre question qui reste en suspens : vais-je payer si je prends trop de bonheur ? Trop de plaisir dans la vie ? Est-ce que je je signe avec le diable si je suis heureux ? Vais-je vraiment payer ? Goethe ronronne toujours de son verbe mélodieux qui désormais  percute. Je sais maintenant que la musique du spectacle m’insupporte. L’agnus dei de Samuel Barber avec les mêmes raisonances que Céline Dion dans Titanic, apposé sur un texte du XVIème siècle, crée un amalgame indigeste. Mais bientôt viendra Marguerite. Faust cède. Moi aussi. Je dois voir Marguerite si belle.

faust05J’ignore pourquoi je suis resté. Je sais juste qu’au moment des applaudissements les acteurs venus de si loin présenter un texte si beau m’ont semblés très proches. Dire que j’ai aimé serait renier ma répulsion pour cette musique qui, dans d’autres cultures, est perçue autrement, et c’est tant mieux. Dire que je n’ai pas aimé serait laisser une question sans réponse : pourquoi rester trois actes et donc trois heures et demi ? Parce que les acteurs toujours, Vladas Bagdonas surtout, mais aussi Elzbieta Latenaite et les autres, or cette réponse est facile ; parce que Faust ? Marguerite, et Goethe ? C’est toujours facile. J’ai rêvé, j’ai dormi, j’ai rêvé.

Erwan Gabory

Faust

mise en scèneEimuntas Nekrosiuse

Vladas Bagdonas Faust
Povilas Budrys Dieu, Wagner
Kestutis Jakstas Valentin (frère de Gretchen)
Elzbieta Latenaite Marguerite (Gretchen)
Salvijus Trepulis Mephistophélès
Vaidas Vilius l’Esprit, Chien
Margarita Ziemlyté Marthe
Gabrielia Kuodyte Les esprits
Viktorija Streica
Diana Gancevskaite
Viaceslav Lukjanov
Ausra Pukelyte
Migle Polikeviciute

Odéon, Grande salle Berthier du 27 mai au 6 juin 2009 / angle de la rue André Suarès et du Bd Berthier – 17e / Métro : Porte de Clichy (ligne 13 / sortie av de Clichy / Bd Berthier- côté Campanile) / RER : Porte de Clichy (RER C, sortie av. de Clichy) / Bus : PC3, 138, 173, 54, 74, N15 et N51 / Tél : 01 44 85 40 40 / 19h30 du mardi au samedi,  15h le dimanche / 13 à 26 euros.

Les petits éditeurs rassemblés en une librairie éphémère à la Halle Saint Pierre
Guillaume Canet
Erwan

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