Théâtre
Buenos Arias : deux shows où musical et minimal étonnent au Petit Monparnasse

Buenos Arias : deux shows où musical et minimal étonnent au Petit Monparnasse

12 septembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Le truculent  metteur en scène argentin Alfredo Arias est doublement à l’affiche du petit Montparnasse avec une pièce de Music-Hall, Hermanas, à 19h15 et un quatuor burlesque- et également chantant- sur le cinéma argentin  à 21h. Deux spectacles originaux et débridés qui prouvent qu’Arias n’a rien perdu de son imagination, même quand il la corsète dans des décors et des couleurs d’un minimalisme inattendus…

A 19h15, Sandra Guida et Alejandra Radano entament littéralement leur tour de piste. En collants noirs et justaucorps de la même couleur (un peu décolleté tout de même ! ) quand même elles tournent et tournent sur une scène vide entre 4 murs noirs que les projecteurs viennent à peine sculpter. Et illustrent par des chansons et des chorégraphie le texte sur le musical qu’Arias a imaginé avec l’écrivain René de Ceccatty et prononce en voix off.  Elles passent avec aisance d’une langue à l’autre de l’italien au français, de l’espagnol à l’anglais, et traverses les âges: on commence avec un rock italien, puis Mistinguett  (inénarrable La Tout Eiffel est toujours là!)et Josephine Baker, et les deux belles enfilent une cape au col sévère toute blanche pour un tango très chiadé. Sur scène, juste les deux corps et les voix des comédiennes, et l’inventivité de chorégraphie nécessairement un peu mièvres mais qui ne se répètent jamais. Puis vient comme un rayon de soleil, l’humour avec l’irrésistible tube de Mina « Se mi compri une gelato » où elle promet un baiser contre un glace. Enfin arrive le vrai musical in English, avec une reprise opéresque à hurler de rire de « Ticket to ride » des Beatles par la muse de Berio, Cathy Berberian. Avec la soprano la couleur fait enfin son entrée sur une scène où le noir et blanc était la règle, peut-être en hommage au passé, façon The Artist, mais surtout semblait-il par un minimaliste voulu. En mode poncho de Papageno aux couleurs flashy les deux formidables chanteuses entament une version cabaret en mode poules hystériques de « Generation sex » de The Divine Comedy. On sent qu’Arias s’est fait grand plaisir! Et ‘on continue à rire avec un petit tour par Saint-Germain des Prés, où deux tabourets font enfin une apparition, sous les longs pantalons fluides et rouges des chanteuses, pour un très émouvant « On n’oublie rien » de Juliette Greco présentée comme la « Morticia du Cabaret existentialiste ». Et l’on revient au délire avec une chorégraphie qui déménage sur « Les cornichons » de Nino Ferrer. Le show se clôt sur le tango « La saveur d’un adieu ». Avant que les deux énergiques chanteuses et danseuses ne donnent un charmant bis très américain.

Avec les effets les plus simples, évitant au maximum accessoires et fanfreluches colorées, Alfredo Arias semble avoir mis son goût du baroque visuellement de côté pour se concentrer sur le choix de ce florilège pas piqué des hannetons,sur l’humour et sur l’inventivité qu’il met dans les pas jamais répétitifs de ses deux formidables comédiennes, chanteuses et danseuses. Un numéro de cabaret qui se regarde vivre, avec succès!

 

Toujours émaillée de musique et de chansons, la pièce de 21h « Cinelandia » est plus classique. A la Manuel Puig, version parodique, Arias s’empare de 4 grands nanars du cinéma argentin et les fait rejouer et chanter à ses deux muses et à Antonio Interlandi avec un commentaire mordant (également co-signé par Ceccatty).  Il y a le mélodrame « Besos Brujos », le film noir « El crimen de Oribe », une remake argentin et psychotique de « La femme aux camélias » et un pseudo film de fête de la chair à la Fellini, « Carne », avec la parodie de la pulpeuse Isabelle « coca » Sarli. Également en noir et blanc jusqu’à ce dernier film (qui date de 1968, donc couleur!) ce jeu burlesque sur des clichés est moins fin que le premier spectacle, redoublant certaines images paillardes, misogynes et cataloguant l’Argentine dans ses clichés habituels sans les dépasser. Mais l’omniprésence sur scène du charismatique et nerveux Arias est un fil directeur efficace et le public rit à gorge déployée.

Riches, kitschs, généreux et drôles, les deux spectacles portent bien le titre de « Buenos Arias » et montrent que le metteur en scène a encore beaucoup d’histoires à raconter.

 

Hermanas, d’Afredo Arias, avec Sandra Guida et Alejandra Radano du mardi au samedi à 19h15 – matinée dimanche à 15h, Tarifs: 26€ / 16€ – Collectivités: 22€
Cinelandia, d’Alfredo Arias, Alfredo Arias, Antonio Interlandi, Sandra Guida et Alejandra Radano, du mardi au samedi à 21h – matinée dimanche à 16h45, Tarifs : 32€ / 20€ – Collectivités 28€

Tarif spécial pour les 2 spectacles: 46€ / 26€ – Collectivités: 44€

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Buenos Arias : deux shows où musical et minimal étonnent au Petit Monparnasse”

Commentaire(s)

  • Savez-vous ou cette œuvre est rediffusée au cinéma ? Merci

    janvier 17, 2014 at 17 h 53 min

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