Cinema
Take this Waltz, la critique: voyage sensoriel lunaire de Sarah Polley, Michelle Williams est rayonnante.

Take this Waltz, la critique: voyage sensoriel lunaire de Sarah Polley, Michelle Williams est rayonnante.

12 septembre 2012 | PAR Gilles Herail

La deuxième réalisation de Sarah Polley est une très belle surprise. Sous ses atours de classique trio amoureux, l’actrice devenue réalisatrice dessine de très beaux personnages et impose une mise en scène léchée très personnelle. Envoutant.

Synopsis officiel: Quand Margot, 28 ans, rencontre Daniel, l’alchimie est immédiate. Épouse heureuse de Lou, elle réprime cette attirance aussi soudaine qu’inattendue. Lorsqu’elle découvre que Daniel habite depuis peu dans sa rue, Margot voit ses certitudes vaciller.

Un mari et sa femme. Une rencontre inattendue. Un désir inexplicable. Un choix nécessaire… La lecture du synopsis laisse entendre une histoire sans intérêt, un classique trio amoureux et ses éternelles questions de j’y vais/j’y vais pas. Sarah Polley assume ce cliché cinématographique en poussant les coincidences jusqu’à l’extrême. Cet inconnu rencontré au Québec qui s’avère être le voisin d’en face. Un artiste qui pousse un rickshaw pour payer son loyer. La crédibilité de la situation n’est pas importante. Ce qui compte, c’est la rencontre. Celle de Margot et Daniel. Daniel, brun ténébreux plus complexe qu’attendu, amenant parfois un véritable trouble. Et Margot, plus Michelle Williams que jamais. Toujours à la limite entre le naturel confondant et une étrangeté insoupconnée. Borderline. L’actrice compose un personnage difficile à cerner, qui joue beaucoup dans la réussite du film. Face à cette passion naissante se trouve le mari, Seth Rogen. Interprète parfait du naturel et de la normalité. Bonne bouille souriante et mari aimant. Vivant sur son nuage et ses recettes de poulet. Et surtout profondément amoureux de sa femme.

Sarah Polley aime filmer des situations qui s’étendent. Où les émotions sont d’abord pures, puis basculent dans un flou plus inquiétant. Le jeu est très présent dans le film, autour des gamineries ludiques des deux époux. Avec aussi parfois un vrai rire libéré. Des scènes hilarantes comme celle de l’aqua gym. Des scènes de tension, sur le bord d’une table de cuisine. Des scènes de plaisir pur, sur ce manège incroyable sur fond de musique dance. On pense par moment au film de Philip Seymour Hoffman, Jack Goes Boating qui faisait une proposition quelque peu similaire. Un cinéma du sensoriel, de l’émotion changeante, du petit moment qui prend tout son sens.

Sarah Polley aime filmer l’humain, le visage, notamment celui rayonnant ou tourmenté de Michelle Williams. Mais elle fait aussi dans ce film une déclaration d’amour à la magnifique Toronto. Ses lumières. Ses couleurs. Avec une image bien sur trop parfaite, trop travaillée parfois carte postale. Mais l’on aime découvrir ses petits endroits, cette piscine anormalement vide, ce manège dansant, ces petits cafés, les plages du lac Ontario, les cafés de Kensington Market. Les intérieurs sont eux aussi très travaillés. Cet effort permanent sur l’esthétique du cadre peut irriter mais rien n’est superflu. Le film est parfois rattrapé par son histoire de départ convenue, ajoute des personnages inutiles (la soeur alcoolique) et se perd quelque peu dans une résolution de l’histoire qui nous importe finalement assez peu. Au delà de ce qu’il advient des personnages, on apprécie le regard de la réalisatrice, qui n’a cure de juger les actions de personnages, n’amène pas un discours moraliste sur le couple. Et porte simplement un regard sur l’émotion, de la tendresse ou de la passion. Le souci constant du détail et le soin porté à tous les éléments de fabrication du film font un bien fou. Et on est emporté par ce voyage fantasmé.

Gilles Hérail

Take this waltz, un film de Sarah Polley avec Michelle Williams, Seth Rogen et Luke Kirby, 1h56, date de sortie

Buenos Arias : deux shows où musical et minimal étonnent au Petit Monparnasse
Prix Medicis : une sélection bien sage
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *