Théâtre
Balade troublante dans les «Effroyables jardins»

Balade troublante dans les «Effroyables jardins»

13 avril 2011 | PAR Lea Iribarnegaray

« Effroyables jardins » c’est d’abord un grand roman de Michel Quint, publié en 2000 à la suite du procès de Maurice Papon. C’est aussi un film réalisé par Jean Becker en 2003, avec Jacques Villeret et André Dussolier. Aujourd’hui, c’est une magnifique pièce mise en scène par Marcia de Castro et interprétée par André Salzet au Théâtre du Petit Saint-Martin. D’une simple anecdote familiale, le public entre de plain-pied dans une histoire à portée universelle…

André est « le plus triste des clowns tristes » et son fils « redoute d’être sur ses estrades merdiques ». Un jour cependant, le cousin Gaston explique au fils honteux les raisons des pitreries de son père.

« On est entré dans la résistance comme si on allait au bal ». Pas d’héroïsme ni de grandiloquence pour les personnages des « Effroyables jardins ». Deux hommes d’une immense simplicité décident, sans réfléchir, de saboter un transformateur. Avec deux autres personnes, ils se retrouvent otages des allemands, au fond d’un trou d’argile, au milieu des années 40. La plus grande partie de la pièce se passe ici. Dans l’attente et l’humidité, le froid et la faim. L’émotion naît ici, les quatre prisonniers faisant la rencontre d’un garde hors-du-commun. Il s’appelle Bert et jongle avec des tartines ou des patates cendrées. Il les nourrit et les fait rire avec son visage de clown. Il les aide à survivre, enfin, et s’excuse « d’être, avec cet uniforme, du côté du mal ».

Bert, ce héros ordinaire, marque les Effroyables jardins. André Salzet, lui aussi, en devient le héros. Acteur incroyable, il adopte toutes les casquettes, toutes les attitudes. Il passe d’un personnage à l’autre avec un talent rare. Grâce à des jeux  de mèches et de lumières, l’acteur interprète un autoritaire, un peureux ou un simplet. Seul sur une scène dépouillée, il est vêtu d’un costume classique sur une chemise jaune – la couleur de la perruque de l’Auguste. Amoureux de littérature, il a récemment joué Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig et dirige la compagnie Théâtre Carpe Diem à Argenteuil.

Chapeau bas également à Marcia de Castro, metteur en scène d’origine brésilienne, qui donne toute sa valeur au texte de Michel Quint. Le devoir de transmission est accompli, le public est comblé, la boucle est bouclée.

Le « plus triste des clowns tristes » réapparaît sur les bancs du procès Papon. Le poème d’Apollinaire quant à lui, Les grenadines repentantes, s’habille d’une robe de justice…

En est-il donc deux dans Grenade
Qui pleurent sur ton seul péché
Ici l’on jette la grenade
Qui se change en un œuf coché

Puisqu’il en naît des coqs Infante
Entends-les chanter leurs dédains
Et que la grenade est touchante
Dans nos effroyables jardins

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Lea Iribarnegaray

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