Essais

« La liberté d’être libre » un inédit de Hannah Arendt qui cartonne en Allemagne

« La liberté d’être libre » un inédit de Hannah Arendt qui cartonne en Allemagne

17 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

Découvert en 2017 par le directeur du Centre Hannah Arendt de New-York, Jerome Kohn et traduit en allemand, un texte inédit de Hannah Arendt s’est écoulé à 75000 exemplaires Outre-Rhin. Ecrit en même temps que l’essai Sur la Révolution,  paru chez Payot en français le 3 avril, il pose la question de la liberté d’action politique avec clarté et en moins de 100 pages. 

La liberté d’être libre est donc un inédit qui ne portrait pas de titre mais que Jerome Kohn a intitulé ainsi en référence au fameux « Droit à avoir des droits » de Arendt. Reprenant la thèse forte de l’essai comparatif Sur la Révolution, ce petit texte très clair explique que l’inaugurale, l’anglaise se pense comme une restauration, ce qui est un paradoxe central dans le fait de tout changer et faire 360 degrés.

Toujours persuadée que par rapport à la Français et à la Russe, la Révolution Américaine (son pays de refuge) est la seule à avoir permis un système politique stable, Arendt développe dans cet essai sur la liberté une idée nouvelle : toujours sûre pour que cette stabilité existe, il faut une sphère publique riche et donc il faut des prises de paroles égales : « ce type de liberté demande de l’égalité, elle n’est possible qu’entre pairs » (p.47) . Il est facile de briguer le pouvoir nous dit Arendt, mais plus difficile de le conserver et elle termine l’essai par une exégèse d’un texte de Virgile « Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo » pour nous rappeler que la Révolution appelle toujours à l’irruption du nouveau, à ce qu’elle appelle « la natalité ». C’est cela l’horizon d’attente de cette liberté d’être libre qui parvient à réconcilier liberté et égalité par un projet, un désir de stabilité et aussi par une réaffirmation de la démocratie positive à laquelle nos sociétés font de plus en plus référence. Un texte qui résonne avec aujourd’hui et qui éclaire des aspects fondamentaux de la pensée de Arendt, morte en 1975 mais encore tellement présente pour penser notre politique et ses manques. 

Hannah Arendt, La liberté d’être libre, trad Françoise Bouillot, Payot, 96 p., 7,50 euros. Sortie le 3 avril 2019

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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