Théâtre

[Avignon off] Souterrain blues, Alceste dans le métro

[Avignon off] Souterrain blues, Alceste dans le métro

14 juillet 2014 | PAR Christophe Candoni

Comment ne pas penser, à l’écoute percutante du beau texte de Peter Handke, Souterrain blues, à l’atrabilaire héros de Molière honnissant ses congénères. Yann Collette recrée la pièce qu’il a déjà jouée au Théâtre du Rond-Point sous la direction de Christophe Perton dans une version plus frontale et adressée, plus drôle et rugueuse aussi. Mis en scène par Xavier Bazin, il fait des étincelles.

Peter Handke dont le lyrisme ouvrier et généreux résonnait à Avignon l’été dernier dans le Cour d’honneur avec Par les villages mis en scène par Stanislas Nordey, signe avec le plus récent Souterrain blues, un texte acide et fracassant. Pour son locuteur, l’humanité s’est perdue à force de se complaire. A tel point qu’il renonce à y appartenir. Paradoxalement, c’est dans la foule, dans la cohue du monde, celle d’une rame de métro, qu’il s’isole et se fait l’observateur obsessionnel de ses semblables, à ses yeux laids, affreux, lamentables, insauvables. Il interpelle, accuse, insulte, invective des inconnus, plus décevants les uns que les autres, endimanchés mais ne parvenant aucunement à dissimuler sous leurs apprêts leur crasse intérieure : l’homme d’Eglise, « autorité périmée », la jeune mère portant son fils contre elle, le diplômé complaisant, le joli couple affichant un prétendu bonheur forcément illusoire… lui donnent matière à déverser son intarissable haine. Pour lui, la médiocrité, la laideur a pris le pas sur le Beau, seule promesse de satisfaction du héros handkien en quête de sublimation.

Dans une mise en scène d’une belle simplicité, Yann Collette saisit à sa manière les vertigineuses digressions du texte de Handke, sa parole vrillante, sa rhétorique agressive qui s’inscrit dans la lignée de son compatriote autrichien Thomas Bernhard. Bien loin de l’éructation colérique attendue, il apporte de la malice, du mystère, de la luminosité, quelque chose de doux, une sagesse même redoublée par la silhouette d’ermite que lui fait la blouse d’employé qu’il endosse pour costume. Cela estompe peut-être l’effet coup de poing de la pièce mais lui confère une ironie irrésistible. Sous les traits de ce formidable acteur, le misanthrope de Handke expose une réelle inadaptation, une solitude, une inquiétude, un mal de vivre douloureux.

Crédit photo © Gala Collette

Collège de la salle. Place Pasteur d’Avignon. 04 32 76 20 33

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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