Théâtre
[Avignon Off] « M’appelle Mohamed Ali » : superbe Dieudonné Niangouna à voix basse

[Avignon Off] « M’appelle Mohamed Ali » : superbe Dieudonné Niangouna à voix basse

14 juillet 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Stupéfiant : dite, dans la sensibilité et de façon quasi naturelle, par l’excellent comédien Etienne Minoungou, la langue de Dieudonné Niangouna n’en devient que plus forte. Un texte tout nouveau, ayant pour thème l’impulsion, mis en scène sans aucun effet. Une émouvante et très entraînante confession, en fin de compte.

[rating=5]


Que les fanatiques se rassurent : dans la mise en scène faite par Jean-Baptiste Hamado Tiemtoré de M’appelle Mohamed Ali – tout nouveau texte de Dieudonné Niangouna – les envolées furibondes ne manquent pas. Etienne Minoungou devient Mohamed Ali, et ce faisant hurle à plein volume qu’il est le meilleur. Cette transformation lui donne l’occasion d’évoquer le refus d’incorporation d’Ali lui-même, sa peine de prison et enfin, le combat de Kinshasa… Mais plus largement, le texte est l’histoire du dramaturge Niangouna lui-même. Et de la schizophrénie qui l’a amené au théâtre, façon de boxer autre, plus littéraire mais pas moins dévastatrice. Prenant en charge cette confession, Etienne Minoungou joue au comédien qui se confie. A voix très basse et mesurée.

Cette interprétation fait du bien à la langue niangounienne. Dans Les Inepties volantes ou dans Shéda, elle demeurait dans un état de tension quasi constant. Ici, Minoungou privilégie la sincérité, jusqu’à donner l’impression qu’il parle de lui-même. Il apostrophe le public. Sur un ton de confidence appuyé par la salle de Saint-Martial, de petite taille. Ça marche à fond. On comprend tout. Moins de figures que d’habitude dans ce texte-ci. On a le temps de les attraper au vol. On est émus et on rit. On apprend aussi : le champion de boxe Joe Louis ne se trouve-t-il pas éreinté, car considéré comme un vendu par rapport à Ali ?

Vers la fin, la profération reprend ses droits et le rythme subtil installé au départ s’estompe un peu. Ali, incarcéré, râle. Le lyrisme quelque peu appuyé revient. Qu’importe : la mise en scène s’est montrée si discrète qu’elle a laissé toute la place au jeu d’Etienne Minoungou. Qui n’en finit pas de nous étonner. Tellement sincère… On a vu de l’humain. Ce que cherche, en premier lieu, à faire jaillir le théâtre de Dieudonné Niangouna. Et en prime, on repart avec. Grandis.

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

Visuel : affiche de M’appelle Mohamed Ali © Olivier Wiame

Visuel Une : couverture de M’appelle Mohamed Ali © Les Solitaires Intempestifs

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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