Théâtre

Les inepties volantes , bouleversant témoignage de deux passeurs de mémoire : Dieudonné Niangouna et Pascal Contet

25 mars 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La Grande Halle de la Villette donne à voir l’un des grands succès du Festival In d’Avignon 2009, « Les Inepties Volantes », seulement jusqu’au 3 avril. Dieudonné Niangouna, rescapé des guerres civiles au Congo, accompagné de Pascal Contet , accordéoniste aux trippes à vif , donnent à voir un spectacle  indélébile.

Le spectacle commence par un aveuglement, Dieudoné Niangouna, à peine 34 ans, commence par Aimé Cesaire « Un homme qui crie n’est pas un homme qui danse », il répète, répète cette phrase adossé à un mur de néons verts. Il commence à raconter la première guerre civile qui a ravagé son pays, en 1993, s’en suivront deux autres, en 1997 et 1998 . Pendant ces cinq années, le Congo fut le  terrain d’affrontement entre deux milices rivales, les « cobras » et les « Nindjas ». Le comédien-témoin se déplace et les néons s’éteignent…Mais le vert persiste dans nos yeux, symbole des  traces et des blessures poursuivant celui qui a osé survivre.

Sur scène, il est accompagné de l’accordéoniste Pascal Contet qui joue au rythme des mots rapides de Dieudonné Niangouna, faisant sortir de son instrument tambour, bruissement, et superbes mélodies. Ces deux belles âmes se sont rencontrées à la Villette , ils ont mis en commun leur souffrances  « intérieures et autres » dit Pascal Contet. Il s’en est suivi un voyage à Brazzaville où le metteur en scène-comédien à montré au musicien les lieux du conflit. De là est né Les inepties volantes, brides de mémoires sur trois guerres immondes, jetées dans une parole frénétique, comme enfin libre.

Les inepties volantes est un récit de guerre entre conte tranquille et transe, la musique accélère ou ralentit le récit pour offrir des moments de répit ou au contraire d’angoisse. Deux langages parlent d’une seule voix , le texte et la musique, pour raconter « les barricades » qui longent les routes que Dieudonné Niangouna a emprunté pour fuir les milices adolescent puis adulte.

Loin de la grande Halle de la Villette, nous sommes totalement sur le pont de fortune qu’il traverse, avec lui à regarder les cadavres, à avoir pleinement peur pour sa vie, mais aussi à croire à la force des intellectuels et des auteurs dont les noms sont jetés dans une parole vive.

Les inepties volantes touche par son humanité à dire l’horreur. Ce témoignage sous la forme de spectacle utilise l’art comme un acte de résistance, avec en filigrane la culpabilité du vivant explosant dans les moments où les mots se font couperets.

Rare.

Jusqu’au 3 avril, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20H30, jeudi à 19h30, durée 1H20, Grande Halle de la Villette, salle Boris Vian, M Porte de Pantin, www.villette.com, 0140037575-16 euros, places à 8 euros en les achetant en ligne

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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