Théâtre

Ainsi font font font les jolies marionnettes de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael à la Scala

Ainsi font font font les jolies marionnettes de Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael à la Scala

15 décembre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A la Scala, nouveau théâtre qui tente de mêler tous les publics, la chorégraphe et le cinéaste offrent la première partie d’une trilogie composée de Kiss and cry, Blood et Amor. 

 

La scène est juste extraordinaire : des tables partout avec des maquettes, un grand écran et sur le plateau des interprètes qui se donnent de l’énergie avant que tout commence. Et puis, la déception, immense et immédiate dès que la première image est créée. Le vivant se cache derrière le cinéma. On doute fortement face à l’idée qui se voudrait forte : raconter une histoire du bout des doigts. Ici seules les mains sont « vivantes » et se mélangent aux petits personnages et aux minuscules décors.

L’histoire de Kiss and cry est une vraie histoire, comme dans un conte pour enfants, avec un récit linéaire qui aura son début et sa fin. Dans l’ordre. La carte de la poésie est jouée ici à 100%. C’est une histoire triste, celle d’une désormais vieille dame qui a eu cinq amants, dont le premier, pendant quelques secondes. C’est de là que tout part : deux adolescents qui frôlent leurs mains et puis c’est tout. Ensuite, elle a tout enfoui dans des boîtes et a passé sa vie à faire des rencontres plus ou moins brèves avant de finir seule emmurée dans ses souvenirs. Le deuil et les fantômes sont ici traités avec douceur et gentillesse, un peu comme si ce n’était pas grave.

Le spectateur est extrêmement guidé ici et son imaginaire réduit à néant. Impossible de vivre un transfert et de laisser nos solitudes entrer en nous. On rêverait voir la lumière se faire sur scène, car le making-of est juste fantastique. Quand on peut par un hasard de placement, apercevoir les mains de Michèle Anne de Mey et Grégory Grosjean, on comprend le lien entre elle et Anne Teresa de Keersmaeker, avec qui elle a fondé la compagnie Rosas dans les années 80. Là oui, il y a du corps et de la chair et par moments, un érotisme pur. Mais on le sait, ce que l’on vient de voir n’est pas ce qui doit être vu. Le texte assommant car bien trop clair et bien trop lyrique de Thomas Gunzig explique les images, qui sont elles-mêmes expliquées par la musique. On la sensation d’être face à la voix Off si à la mode dans les séries Netfilx.

« Kiss and Cry est un spectacle sans pareil qui bouscule les frontières de toutes les disciplines artistiques pour inventer devant nos yeux une représentation chaque soir unique » peut-on lire dans le programme de salle, un peu surpris, après coup. Le spectacle vivant est vivant, il est pluriel par définition et unique par essence. Le mélange des genres est également devenu classique. Rien n’est bousculé ici, surtout pas nous.


Visuel : Maarten Vinden Abeele

 

Informations pratiques

Jusqu’au 31 décembre à la Scala

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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