Théâtre
A la Comédie Française, Léna Bréban invite Rémi Sans Famille pour Noël

A la Comédie Française, Léna Bréban invite Rémi Sans Famille pour Noël

22 décembre 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

Au théâtre du Vieux Colombier, Léna Bréban s’empare du notoire roman pour la jeunesse Sans Famille d’Hector Malot. Sa mise en scène réconcilie classicisme et innovation, art dramatique et entertainement. La pièce impeccable est à voir en famille .

Une artiste complète

En 2016, Léna Bréban  impressionnait dans un seule en scène, Garde barrière et Garde fous de Jean-Louis Benoît. L’année précédente, elle avait joué dans La Maison d’à côté de Sharr White, mis en scène par Philippe Adrien, pour lequel elle a été nommée au Molière du second rôle, ainsi que dans Danser à la Lughnasa de Brian Friel, mis en scène par Didier Long. En 2013, on l’a vue dans le dyptique de Molière (L’Ecole des femmes et Agnès) monté par Catherine Anne. On la retrouve régulièrement au cinéma et à la télévision. Elle fut éblouissante dans un rôle en creux et en finesse, la fille de Dominique Valadié dans Au but La comédienne brille par une infaillible intelligence du jeu et  une humilité agissante.

Léna Bréban est une artiste discrète et généreuse ; discrète, elle impressionne par une maîtrise naturaliste de l’acting et par sa relation particulière aux textes avec lesquels elle se mesure sans les recouvrir ; discrète lorsqu’elle sait se retirer devant ses personnages ; généreuse aussi pour l’intelligente résiliation d’elle-même justement, offrant au public ce qui se fabrique en elle autour d’un amour du métier et d’un désir inextinguible de créer. Ce qui apparaît obliger au premier chef l’artiste est un profond respect du public. Et ce jeune public, à cet égard est des plus exigeants.

L’émerveillement

Avec Verte en 2019, Léna Bréban mettait en scène un texte jeune public de Marie Desplechin. Elle fabriquait pour ce conte d’enfants un authentique univers onirique qui percutait nos imaginaires en intriquant l’émerveillement et la peur. Elle fut alors repérée par Eric Ruf, l’administrateur de la Comédie Française. Ainsi, la pièce Sans Famille, après bien des déboires dus à la crise sanitaire, rescapée de plusieurs annulations, arrive enfin au Vieux Colombier. Le résultat touche de près la perfection.

Recueilli à sa naissance par Monsieur Barberin, le petit Rémi est élevé dans l’amour d’une mère adoptive. A ses huit ans, pressé par des dettes, Barberin décide de louer l’enfant à Vitalis. L’artiste ambulant devient son tuteur, certes iconoclaste mais bienveillant. Rémi intègre la petite troupe du saltimbanque avec le chien Capi et le singe Joli-Cœur, respectivement interprétés par l’acteur Bakary Sangaré, roi de la pantomime et Jean Chevalier qui manipule – sous les conseils avisés de Christian Hecq – une adorable marionnette. De rencontres chanceuses en mésaventures, il se retrouve chez un souteneur d’enfants, Garofoli, peu de temps heureusement. Après un séjour rocambolesque chez sa vraie-fausse famille, les receleurs Driscoll, il parvient avec son nouveau meilleur ami Mattia à retrouver sa mère biologique. C’est l’happy end. Léna Bréban a choisi de modifier légèrement la fin de l’histoire. La mère biologique sera rejointe par la mère adoptive qui restera aussi près de Remi. 

Le conte pour enfant est une pérégrination. Nous suivons Rémi à travers la France et jusqu’en Angleterre. Pour rendre compte de ce voyage initiatique, la scénographie inventée est judicieuse. Le plateau devient une partie d’un grand tout qui serait le monde, un monde magique et familier. Le théâtre de Bréban est cinématographique. Chaque plan connait un cadrage parfait. Les effets spéciaux sont invisibles. L’irréel de cet édifice nous tire vers un rêve éveillé. Les décors sont féériques. La musique finit d’envelopper l’ouvrage. Et puisque l’humour ponctue le drame, l’on comprendra que les enfants présents restent scotchés, admiratifs, devant ce grand cinéma en vrai. Avec eux, la plupart des adultes.

Les comédiens nous conquièrent. La troupe du Français, stradivarius de l’interprétation trouve en Léna Bréban son virtuose. Véronique Vella, inoubliable, interprète Rémi. Elle restitue tout de cet enfant contraint de grandir trop vite et ne lâchant rien de ses rêves.  Thierry Hancisse et Clotilde de Bayser qui incarnent les deux images parentales, Vitalis et Mère Barbarin, empoignent. Ils appartiennent désormais à un panthéon littéraire où ils seront pour longtemps le visage des attendrissants personnages de Malot. Certains jeunes spectateurs prêteront à leur maman les traits de Clotilde de Bayser, à leur papa le visage de Thierry Hancisse. Les comédiens invités extérieur à  la troupe, Alexandre Zambeaux, régulier complice de la metteuse en scène, Antoine Prud’homme de la Boussinière et Camille Seitz soutiennent la comparaison. L’ensemble est d’une rare cohérence.

La comédienne metteuse en scène enlève ici consécration. S’il fallait résumer d’un mot la pièce sans décrire l’immensité d’un long travail qui le fonde, ce mot serait émerveillement. En miroir, la première qualité de Léna Bréban, après le talent : son profond respect du public. 

La pièce est un cadeau de Noël à se faire en famille.

Sans famille
d’après Hector Malot
Adaptation Léna Bréban et Alexandre Zambeaux
Mise en scène Léna Bréban
Avec Véronique Vella, Thierry Hancisse, Clotilde de Bayser, Bakary Sangaré, Jean Chevalier et Antoine Prud’homme de la Boussinière, Camille Seitz, Alexandre Zambeaux
Scénographie Emmanuelle Roy
Costumes Alice Touvet
Lumière Arnaud Jung
Musique originale Raphaël Aucler et Victor Belin
Marionnette Carole Allemand
Maquillages et coiffures Julie Poulain
Dramaturgie Alexandre Zambeaux
Assistanat à la mise en scène Axelle Masliah
Assistanat à la scénographie Chloé Bellemère, scénographe de l’académie de la Comédie Française

Durée : 1h25

Théâtre du Vieux-Colombier, Paris
du 11 décembre 2021 au 9 janvier 2022

Crédit Photo Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française.

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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