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Place du marché 76, pour l’humour ravageur de Jan Lauwers

Place du marché 76, pour l’humour ravageur de Jan Lauwers

17 juillet 2013 | PAR Christophe Candoni

 

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Dans Place du marché 76 présenté au festival d’Avignon au Cloître des Carmes, Jan Lauwers, le créateur du chef-d’oeuvre La Chambre d’Isabella et sa géniale troupe, la Needcompany, dépeignent sur un ton original, fantaisiste et doux-amer la vie animée au fil des quatre saisons d’une petite communauté villageoise.

Le spectacle commence par une fête foireuse de commémoration en souvenir des 24 morts du village suite à l’explosion accidentelle d’une bouteille de gaz sur la place du marché un an auparavant. La cérémonie part en vrille, tourne au drame. S’ensuit toute  une série de catastrophes et pas des moindres : accident mortel, suicide, séquestration, inceste, viol, torture, humiliation, lynchage… Les coups fusent, le sang gicle et c’est l’hécatombe. Tout le monde meurt ou presque. Peu importe, les morts reviennent, revivent, en combinaison de chantier orange fluo, et ils dansent et chantent avec joie. Cela donne une idée de la légèreté avec laquelle sont traitées les tonnes de chagrin et les pires atrocités accumulées. Elles donnent souvent lieu à des scènes ludiques et loufoques, sans aucun pathos, devant lesquelles on s’amuse beaucoup et rit de bon cœur.

Ce spectacle foutraque aurait été une véritable tragédie s’il n’avait été pris à contre-pied par ses créateurs. Il n’est jamais lugubre ni moribond mais au contraire plein de couleurs, de mouvements, de trouvailles en pagaille, de désordre, de folie, tout simplement de vie, que l’on doit à la performance endurante et bien barrée d’artistes complets, bons acteurs, chanteurs, danseurs et musiciens emmenés par Jan Lauwers lui-même sur le plateau. Leur esprit de troupe fait plaisir à voir. Il y a beaucoup de musique. Des mélodies tendres, tristes ou gaies. En chansons, les malheurs passent aussi vite qu’ils sont advenus. Le spectacle n’évite ni les longueurs ni quelques complaisances dans ses effets mais la jubilation spectaculaire du plateau complètement débraillé, son inventivité, sa poésie loufoque, son esprit peu consensuel enthousiasment.

La pièce délivre une vision contrastée mais finalement optimiste de l’humanité.  Balayeur des rues, boulangère, boucher, plombier, gendarme, DJ, tous regroupés sur la Place du marché autour d’une fontaine qui ne fonctionne pas, sont des personnages de haut tempérament, ni bons ni mauvais, qui peuvent être aussi monstrueux que touchants. Lauwers ne juge pas leurs actes et les laisse vivre pour le meilleur et le pire. Dans un épilogue drôle mais un peu bâclé, il les libère, les rachète même avec une belle croyance en l’Homme.

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© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon. Spectacle présenté au Cloître des Carmes.

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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