Pop / Rock

Les francofolies, jour 5 : les songs de Daphné et Rufus Wainwright face à la quintette électro-pop dansante Lescop + Breakbot + Woodkid + Archive + Vitalic

Les francofolies, jour 5 : les songs de Daphné et Rufus Wainwright face à la quintette électro-pop dansante Lescop + Breakbot + Woodkid + Archive + Vitalic

17 juillet 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

Pour le dernier jour des Francofolies, ce mardi 16 juillet, la fureur qui avait saisi La Rochelle autour du concert de M était un peu retombée. C’est de manière bien plus calme et avec des gradins presque vides que le festival recevait 5 stars de l’electro et de la pop – in english !- sur la scène St-Jean d’Acre qui accusait un peu ses vides.

Après une journée tout aussi pleine de chaleur mais avec un ciel plus nuageux que la veille, Lescop est entré en scène, longiligne et concentré. Avec une certaine gravité (certains diraient qu’il faisait carrément la gueule) qui a donné la tonalité de la soirée, il a commencé à chanter devant une immense salle à moitié vide. Une salle peut-être un tout petit peu trop grande pour que les subtilités post-eighties de sa « Forêt » puissent y trouver tout le relief qu’elles méritent.

Du côté, de la coursive, Daphné continuait à trimballer avec élégance ses « 13 chansons pour Barbara » devant un public résolument plus âgé que celui de Lescop et toujours dans une pénombre hivernale éclairée à la bougie, malgré le joli décolleté dorsal de sa longue robe noire. Voix parfaite, orchestrations bien rodées, Daphné semblait néanmoins fonctionner en roue libre, et nous a moins émus que lorsque nous l’avions entendue au Botanique ou au Café de la Danse. Après l’Aigle noir du final et sans bis, elle a néanmoins été ovationnée par une assemblée conquise par sa voix de fée.

Côté St-Jean, barbe et attitude christique en costume blanc (on a cru un moment qu’il allait nous chanter les vertus des pépitos bleus), seul aux platines, Thibaud Berland alias Breakbot est entré en scène avec ses mixs funky rétro sympathiques et un Vjing d’un kitsch assumé sous le néon rose qui annonçait le nom du groupe. Le poulain Ed Banger s’était donné pour mission de tirer le public de sous les arbres où l’avait laissé Lescop pour le faire danser sur du vrai son sucré s’étirant sur plus d’une heure. Facteur sympathiqe réussi, tout le monde se dandinant à l’occasion sur « Fantasy », « Baby I’m your » ou le tube « grandjournalesque » « Baby I’m yours ».

Retour au nid confiné de la coursive, vidé à moitié par les fans de Daphné et de Barbara, pour entendre un peu de songwriting à l’anglo-saxonne avec le mythique Rufus Wainwright. Après un passage par les Nuits de Fourvière le chanteur grandi à Montréal a commencé à chanter en français, marinière marquée, seul au piano et sous une fontaine de lumière, sa kitchissime « Complainte de la butte ». Passant à l’anglais, Wainwright, perd peu à peu l’attention de son public, malgré ses enthousiastes explications sur le shoping de fringues et casquettes marines qu’il a pu faire à La Rochelle avec son « cupidon ».

Côté Saint-Jean d’Acre, la foule s’était mobilisée pour accueillir le redoutable son et lumière mis en place par Yoann Lemoine, alias Woodkid. Avec près de 12 musiciens sur scène, et des vidéos mythiques et monumentales à la hauteur de sa réputation, l’artisan génial du très attendu et désormais très apprécié « Golden age » a plongé La Rochelle dans une sorte de guerre des mondes d’une subtilité sonore et visuelle folles et à caractère spectaculaire. Un raffinement qui se passe de commentaire, si ce n’est avant le tube « Iron » un souriant : « Vous la connaissez, je crois ? » ; léger bémol ? Oui tout de même, le monumentalisme de Woodkid diffuse un caractère assez apocalyptique et il était difficile de demander au public de passer de la mélancolie de Lescop à la joie un peu artificielle de Breakbot, puis par la paralysie un peu glaçante des Atlantides de Woodkid avant d’enchaîner sur la longue complainte de Archive. Qui dit festival, dit fête tout de même et bonne humeur, non ?

Archive, donc, l’inoxydable groupe anglais est entré en scène devant une salle qui s’est vidée après la belle performance de Woodkid. Baigné de lumière opaque et verte, s’agitant dans le noir sur un son macabre, sans la chanteuse Roya Arab Archive est devenu un collège de boys dépressifs, se pliant en deux de douleur sur les longues plaintes chantées par Dave Pen. Une épreuve pénible pour ceux et celles qui aimaient l’élégance adolescente de « Londinium », c’était il y a 2 ans.

Nous ne sommes donc pas restés avec Archive jusqu’à la mort mais avons préféré essayer de rire, au moins un peu. Nous engageant dans une jolie balade d’une vingtaine de minutes de long du littoral, nous avons rejoint le Casino où, pour la deuxième soirée consécutive se jouait la « comédie musiculte » Airnadette. Vraie-fausse histoire d’un groupe qui joue en playback, avec son leader Gunther Love, son son entraînant même en mode « brosse à cheveux » et son humour qui se veut décapant, Airnadette connaît un véritable succès depuis maintenant deux ans de tournée. Un succès qui les a menés de la rencontre au concours de air guitare jusqu’à canal + et l’Olympia. Notant avec effroi que la salle était morte de rire, nous, on a surtout vu un show extrêmement vulgaire où doigts d’honneurs, déguisements kitschs dépareillés et injures non masquées type « rock ta sœur » tissaient une trame très « fin de soirée » chez Patrick Sébastien… Désolés, nous passerons peut-être pour snobs, mais nous avons été affligés. Ce qui n’est peut-être pas le cas de TOUS les rédacteurs de Toute La Culture qui avait interviewé l’airband d’Airnadette, il y a plus d’un an.

http://www.youtube.com/watch?v=TjzbWtpLzi4

Vers une heure du matin, un peu épuisés par la diversité des registres écoutés, nous n’avons malheureusement pas pu tenir assez élastiquement sur nos jambes pour aller danser Vitalic à St-Jean. Nous avons donc sagement pris le chemin du retour alors que l’orage commençait à menacer, nous disant que si les Francofolies ont surpassé leurs records de fréquentation cette année, cette dernière soirée était moins réussie. Et moins remplie. Peut-être parce que le magnifique programme électro-pop prévu pour ce soir sur les immenses gradins rochelais, les Francos, c’est finalement un festival où la chanson, le rock et la pop françaises sont recherchés, plus que de grands groupes internationaux qui sillonnent les routes des festivals tout l’été et dans toute l’Europe. Une vocation francophone certes un peu nombriliste, mais que le travail de fond des chantiers pour repérer de jeunes talents nous a rendu, cette année encore, aussi palpitante que précieuse.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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