Performance
« Tout contre » : l’attrait des formes

« Tout contre » : l’attrait des formes

10 novembre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Tout contre se découvre au Co, un lieu hybride et très bobo posé Porte de Clignancourt. Sébastien Bonnabel et Clemence Demesme adaptent librement la pièce de Patrick Marber « Closer » en faisant de nous les voyeurs démasqués d’un quartet amoureux où le désir règne en maître.

[rating=4]

Première fois. Tu te rappelles ? La première fois que tu m’as vue ? Pour Alice (Marie Hennerez) et Dan (Philippe de Monts) c’était après un accident dans une salle d’attente. Elle est « désarmante », exubérante a souhait. Dangereuse. Lui est « réservé » et se charge de la rubrique nécrologique d’un canard.  Il deviendra romancier, et se fera shooter par la belle Anna Fisher (Barbara Le Toux). Elle-même tombera amoureuse d’un médecin, Larry (Eric Chantelauze), puis les couples s’échangeront dans le mensonge.

L’histoire est classique, elle serait ennuyeuse même, mais il n’en est rien car la direction des comédiens et la dramaturgie nous imposent d’être nous-mêmes les acteurs du spectacle. C’est dans une déambulation immersive dans cet espace de 150 m2 que nous avançons dans le temps, exactement dans les 4 années qui font et défont l’amour. Nous sommes pris dans les tourments, les écarts et les culpabilités de tous.

L’expérience est ici totale et très vite la sensation est là que la fille larguée par ce connard est nous. Ce qui est étrange ici c’est que ce sentiment joue à saute-mouton et à cache-cache. On se projette tour à tour dans ces histoires qui raisonnent forcément pour chacun a un endroit précis.

Le spectacle est résolument glam. D’ailleurs réservé à un public restreint de 15 personnes, il se vit comme une soirée privée où nous sommes d’ailleurs conviés à venir habillés chic. Le public joue le jeu. Quelques garçons en costumes, des filles aux ongles faits et aux talons hauts parfois.

On devrait toujours imposer un dress code dans les performances. Comme on pourrait le dire d’un film, la photographie est ici centrale au point que nous sommes conviés à « jouer » pendant un vernissage des photos d’Anna Fischer (en fait les très beaux clichés de la photographe et vidéaste Clemence Demesme )

Tout contre est une performance à voir absolument et qui est en soi une leçon de scénographie. Les comédiens, tous impeccables, sont admirablement dirigés . Le texte lui n’a pas d’intérêt majeur, l’écriture est « parlée », l’histoire déjà racontée mille fois ailleurs.
Tout contre se voit comme un film dans lequel on se retrouve acteur. L’idée n’est pas neuve mais tant d’immersion de ce genre ont été ratées que la réussite de celle-ci montre que l’art de faire de la forme un langage est une prouesse.

Les lundis du 16 novembre au 7 décembre à 20:30, au CO 15 rue Esclangon, 75018 Paris.
Le spectacle est complet. Liste d’attente ici.

Visuel : ©Clemence Demesme

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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