Cinema

[Interview] Clémence Demesme : « La chair et les volcans », un couple qui se balance

[Interview] Clémence Demesme : « La chair et les volcans », un couple qui se balance

08 avril 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Clémence Demesme est vidéaste, mais aussi photographe. Elle est lauréate d’un prix d’art vidéo à l’AVIFF de Cannes (Art Vidéo International Film Festival) a du talent à revendre et elle lance aujourd’hui, avec l’aide d’Ulule, sa première fiction La chair et les volcans, un conte à la lisière de l’initiatique, où la fiction et la réalité se mêleront pour nous dire l’histoire de Laura, 14 ans en proie à une forme féroce d’isolement. Le tournage est prévu à Brioude – Auvergne – au printemps 2014.


 

Quel titre étrange que celui de votre première fiction « La chair et les volcans » ! La chair dans ce film a plutôt l’air glacée

Lorsque j’écris, je suis bien sur déterminée sur un ensemble d’éléments qui fondent le projet, mais sur certains points j’aime me laisser faire. Non pas que je choisisse les titres de mes films au hasard, mais j’aime laisser les choses trouver leur place naturellement. En pensant au titre du film j’avais envie de deux mots, c’est ce qui revenait sans cesse dans ma tête, un peu comme un couple qui se balancerait.
J’écrivais des mots dans les marges de mon cahier au fur et à mesure de l’écriture du script, jusqu’à tomber naturellement sur le bon tandem, fidèle à l’énergie du film ainsi qu’au tourment du personnage. La chair, est plus particulièrement celle de Laura, lutte contre les éléments. C’est une matière vivante qui évolue, en proie à la peine comme au désir, ici en opposition aux volcans, sorte de lien naturellement et magique entre le ciel et la terre, le concret et le rêve.

Tendance ou nécessité ? Vous sollicitez le crowdfunding pour financer votre film. Qu’attendez vous de cette démarche ?

Cela faisait un moment que j’entendais parler de ce système. Mon entourage me demandait pourquoi je ne ferais pas appel au crowdfunding pour tel ou tel projet, j’écoutais ce conseil en pensant sur l’instant que mes projets en cours n’y étaient pas adaptés. Mais en débutant ma résidence d’artiste en Auvergne, j’ai naturellement pensé que le financement participatif était légitime aux vues du sujet du film et du contexte de sa création, à savoir en immersion totale dans un décor et un temps donné.

La chair est les volcans est donc le premier projet pour lequel je fais appel au crowdfunding, c’est un système audacieux en phase avec notre époque dont il ne faut cependant pas abuser. Je suis heureuse de faire produire ma première « fiction » via un site comme Ulule, en effet chaque retour, soutien, commentaire sur le projet me touche et me donne énormément de courage pour la réalisation, mais j’ai bien conscience que je ne pourrais pas solliciter mon entourage tous les 4 matins.

Ce film est pour moi un passage entre l’art vidéo et le cinéma et je suis certaine que sa réalisation m’amènera à trouver des systèmes de financement « traditionnels » pour mes projets futurs.

Vous venez de la photographie, vous êtes également vidéaste, devenir cinéaste est-ce une démarche différente ? 

En réalité, j’ai commencé mon aventure dans l’image par l’art vidéo avant même de débuter dans la photographie! Lorsque que j’étais ado, je passais des heures dans ma chambre à faire de petits montages à base d’images que je filmais. Tout m’inspirait et j’aimais transformer des éléments réels en abstraction. Jusqu’à aujourd’hui, l’envie de raconter des histoires n’a fait que s’accroître en moi, que ce soit par le biais de symboles ou d’allégories plastiques comme par les systèmes classiques de narration.

Il est vrai que je présente La chair et les volcans comme étant ma première « fiction », mais mes précédents films le sont aussi finalement, mais dans des formes différentes, comme le clip, l’art vidéo ou l’installation, discipline plus proche de l’art contemporain que du cinéma.

J’ai eu la chance très jeune, et notamment grâce à des festivals comme VIDEOFORMES, de présenter mes travaux en tant qu’artiste vidéaste. J’aime beaucoup l’art vidéo c’est vrai, mais j’adore tout autant le cinéma, le théâtre, la danse et je ne pense pas que ce soit le médium qui fasse l’oeuvre, mais qu’en revanche, chaque discipline est gardienne d’un public.

Bien sur, j’adorerais réaliser un film expérimental de 2h que tout le monde trouverait formidable et pas ennuyeux  une seule seconde, mais les genres ne se sont pas définis par hasard et il est bien difficile de garder l’attention d’un spectateur plus de quelques minutes sur un scénario abstrait, même si on en apprécie l’image.

Que l’on soit « artiste vidéaste » ou « cinéaste » nous devons ménager le regard et l’endurance de notre public tout en l’initiant à de nouvelles choses.

Parallèlement à des œuvres plus expérimentales, je réalise cette année « La chair et les volcans » et c’est une grande émotion que de me dire que ce projet, aussi sincère que tout les autres, rencontra sans doute un public plus large, parce qu’il répond à des codes propres au cinéma.

Mais qui sait? Peut-être, que dans quelques années je reviendrai ici vous parler d’un long métrage hybride entre toutes ces disciplines … On en reparle dans 10 ans?

Pour soutenir le film : http://fr.ulule.com/la-chair-et-les-volcans/

 

Photos : Clémence Demesme

Otello: la mariée mise à mort par ses prétendants mêmes
[Interview] Jean Denizot parle de son premier long-métrage : « La Belle vie »
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *