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« The Scarlet letter » : Angélica Liddell « A » l’assaut des puritanismes

« The Scarlet letter » : Angélica Liddell « A » l’assaut des puritanismes

14 janvier 2019 | PAR Yaël Hirsch

Avec sa très libre adaptation du livre de Nathaniel Hawthorne, La lettre écarlate (1850), la performeuse catalane Angélica Liddell creuse son sillon carmin de violente protestations contre l’ordre établi. Une pièce authentiquement à crans, bordée de nudité masculine, qui plaît aux fans malgré certains à peu près et qui choque encore la moitié du public, au Théâtre National de la Colline.

La lettre écarlate est celle que Hester doit porter pour être tombée enceinte d’un homme qui n’est pas son mari, Anrthur. C’est l’initiale de l’amant, de l’opprobre et celle du mot « adultère », dans un monde dominé par les le puritanisme et les hommes. Dans l’adaptation très libre de Angélica Liddell, c’est avant tout le début de son prénom. Sur un fond rouge écarlate mordoré de noir caravagien et sur une musique majoritairement baroque, elle porte sur son corset, sur sa longue robe à panier et sans culotte, la fameuse lettre… entourée d’hommes nus. Arthur, lui est vêtu de rouge avec un voile tout aussi écarlate que la lettre et ne fait que se plaindre (en italien) de sa malingre constitution. Les huit toy boys finissent aussi par parler en brésilien mais ils s’enroulent surtout autour de la voix tonitruante, hystérique de la sorcière et grande prêtresse du jeu, une Angélica-Hester qui parle en espagnol. Elle dit son amour des hommes, de leur corps, de leur esprit (A comme Althusser, Artaud, mais aussi Foucault et Deleuze) et vitupère contre la méchanceté des femmes vieillissantes qui haïssent les hommes parce qu’ils ne les désirent plus et qui se tournent vers les hommes noirs pour les satisfaire … Bip Bip Bip : A comme « Alarme » !  En chants et en mots fracassés, la performeuse bat en brèche tous les politiquement correct #metoo et de la critique post-coloniale. Et elle projette la punition de l’héroïne d’Hawthorne dans une colonie pénitentiaire qui ressemble à l’île de Circé : il n’y que des hommes nus, emmaillotés, s’imbriquant comme des légos, s’offrant avec des fleurs ou faisant tourner les tables en esclave de la seule femme qui existe. Même quand ils miment la domination sexuelle sur elle, c’est Angélica-Hester qui tire les ficelles de l’histoire…

Certaines images sont d’une beauté fulgurante et on aurait envie de s’y arrêter et de les prendre en photos, la diatribe anti #metoo est rafraîchissante et fait rire la salle dans le contexte de sur-réactions aux propos de Yann Moix sur le corps non désirable des femmes de 50 ans (Liddell en a 52). Mais certains tableaux sont un peu bâclés ou des redites, certaines tirades se répètent et les deux heures de spectacle s’étirent. On pense trouver un rebond quand le décor change et que le spectacle s’attaque à la question du bio-pouvoir avec les boys en médecins de porno kitschs sur BO moins grandes eaux de Versailles et plus « Numa numa yei » de Ozone en roumain … Va-ton comprendre où le spectacle nous mène ? Que nenni! La scène avorte avant de nous entraîner. Et c’est un peu le problème de la majorité des scènes en fait : le choc est beau, light, mais on a l’impression que quelque chose ne va pas jusqu’au bout, ni du message, ni de l’image. Reste le jusqu’auboutisme de la colère, qu’on sent, ressent, et que la présence magnétique de Angelica Liddell au milieu de ses très belles images (finalement plus sages qu’il n’y paraît) incarne avec une authenticité et une force indéniables. A recommander aux fans.

The Scarlet letter, de et avec Angélica Liddell, avec Joele Anastasi, Tiago Costa, Julian Isenia, Angélica Liddell, Borja López, Tiago Mansilha, Daniel Matos, Eduardo Molina, coproduction La Colline – théâtre national, Teatros del Canal – Madrid, Centre dramatique national Orléans/Centre -Val de Loire

photo © Simon Gosselin

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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