Théâtre

A la Schaubühne, Angélica Liddell met en scène l’Europe du futur

A la Schaubühne, Angélica Liddell met en scène l’Europe du futur

14 avril 2017 | PAR Nicolas Chaplain

A la Schaubühne de Berlin, Angélica Liddell met en scène Toter Hund in der Chemischen Reinigung : die Starken (Chien mort dans un pressing : les forts), une pièce qu’elle a écrite en 2007. Dans le cadre du festival FIND dont l’édition 2017 interroge les notions de tragédie et démocratie, le texte très politique de Liddell constitue une réflexion sur l’Europe, la sécurité et la culture. Il aborde également la question brûlante de l’accueil et de l’intégration des étrangers. Le spectacle est dense, sombre et cependant très excitant.

Les spectateurs français connaissent bien l’auteure, metteuse en scène et interprète espagnole Angélica Liddell dont les textes remuent, saisissent, provoquent la gêne et l’effroi. Imaginent-ils possible que l’artiste sulfureuse soit invitée à la Comédie Française et y dirige les sociétaires ? A la Schaubühne de Berlin, Liddell dirige les acteurs de la troupe allemande dans un texte qui contient ses thèmes de prédilection : la violence et le désordre du monde, le sexe, le viol, la souffrance, la culpabilité et l’art.

Un acteur entre en scène et casse une chaise à coups de hache. Il se présente comme un «putain d’acteur qui joue un chien». Il exprime avec rage et dégoût sa haine du « théâtre national », dénonce son « salaire de merde », la « salope de metteuse en scène » et le public de « trous du cul » hypocrites et stupides consommateurs d’une « culture » à laquelle il oppose l’ »Art » rebelle et humaniste. Plus tard, il provoque l’auditoire et outrage les spectateurs et les invite à quitter la salle. On pense à Thomas Bernhard et à Peter Handke. L’acteur Damir Avdic est génial, brutal, sauvage, drôle et saisissant.

Le cadre de la fiction est un futur imaginaire dans lequel l’ennemi a été détruit. Des « misérables », marginaux minoritaires – une prostitué, une professeure dont on apprendra qu’elle a eu une relation avec un élève de douze ans, un gardien de musée qui a des crises de panique et un homme qui travaille dans un pressing – expriment leurs désirs, pulsions, désespoirs, peurs et contradictions. Enfermés dans une société paranoïaque, une Europe fatiguée repliée sur elle-même, obsédée par la sécurité et le fait divers, ces êtres font entendre les mots durs, puissants et prophétiques de Liddell. La pièce comporte également de nombreuses références littéraires et artistiques européennes. Angélica Liddell cite Diderot, Hugo et  Du Contrat Social de Rousseau.

La metteuse en scène a dirigé les acteurs avec exigence et précision. Pour éviter un jeu trop psychologique, elle les fait danser, courir et crier jusqu’à épuisement. Les deux actrices, Iris Becher et Veronika Bachfischer, s’investissent superbement dans ce jeu contraignant. De courtes scènes dialoguées se succèdent en alternance avec des tableaux chorégraphiés simplement beaux : une danse sur la musique de Rameau, des courses frénétiques, un pique-nique sur l’herbe, une fête d’anniversaire. Les poses corporelles évoquent les peintures classiques.

Le théâtre apocalyptique et cruel d’Angélica Liddell dénote. Son discours urgent rappelle que les attaques qu’on connaît génèrent aussi une folie collective, qu’une place de moins en moins importante est consacrée à l’amour et à la compassion. L’acteur qui joue le chien écrit sur le mur « Y a t il un salaud qui veut me tuer ? », il gratte le sol de terre et finit par s’écrouler sur le tas de corps inertes que forment les autres acteurs.

A la Schaubühne de Berlin, le 31 mars 2017. © Gianmarco Bresadola

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Nicolas Chaplain

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