Performance

Des spectacles pour « quitter la gravité » au Théâtre des Amandiers

Des spectacles pour « quitter la gravité » au Théâtre des Amandiers

16 mars 2018 | PAR Lili Nyssen

Le Théâtre des Amandiers de Nanterre propose en ce moment « Quitter la gravité », temps fort du mois de mars qui réunit des artistes, philosophes, créateurs, autour de la question de l’envol, de la libération de la gravité sous toutes les formes. Nous avons assisté hier à deux des six créations proposées jusqu’au 18 mars. 

Le bout de la langue, Pieter de Buysser

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Dans la planétarium du Théâtre des Amandiers, assis ou allongés, nous obervons le plafond, sur lequel défilent des images en format kaleïdoscopique, illustrations du conte scientifico-poétique que nous narre Pieter de Buysser. Ce philosophe, écrivain, réalisateur et metteur en scène, nous fait entendre et voir une histoire qui oscille entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, plaçant l’homme au milieu des vertiges spatio-temporels. Ainsi, le conte est une histoire humaine tissée de préoccupations actuelles et planètaires (relations et amitiés, guerres et révoltes, cultures et choc des civilisations), et une histoire de l’univers, des multivers (notre univers étant théorisé comme un parmis une infinité d’univers). Entre ciel et terre, relativité et physique quantique, humanité et vertiges, Pieter de Buysser tente de nous faire toucher du doigt la complexité des théories connues, et le tournis de l’inconnu. La sensibilité se mêle à l’objectivité scientifique. Le philosophe nous engage à repenser à un souvenir d’enfance, à le visualiser, à le vivre… avant de nous dévoiler que concrètement, du fait de la régénération des cellules, nous n’y étions pas, du moins tels que nous sommes aujourd’hui. Car chaque cellule d’alors est à présent différente.

Alors, parfois, les yeux collés au plafond, on « quitte la gravité ». Pieter de Buysser parvint à nous emmener dans l’immensité de l’espace, dans les abîmes de la théorie des cordes, dans les envolées lyriques de sa poésie. Et puis, il arrive que tout retombe. On n’atteint pas la vitesse de libération qui puisse nous faire atteindre la dimension souhaitée de l’espace-temps où il nous convie. Le tissage de théories complexes, d’anecdotes trop longues et de personnages difficiles à identifier fait qu’on s’y perd, le spectacle nous apparaît décousu et on regrette de n’en saisir pleinement que des passages, certes passionnants, mais brefs.

Pour autant, l’originalité de la création et les questionnements philosophiques qu’il pose en font un stimulant de pensée et un spectacle à voir.

La démangeaison des Ailes, Philippe Quesne

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Pour Socrate dans le Phèdre de Platon, les ailes qui nous poussent dans le dos au moment de l’amour provoquent une démangeaison, une irritation. La démangeaison des ailes, c’est l’envie irrésistible de s’envoler, c’est le désir fulgurant de planer au dessus des nuages, et c’est le désarroi de l’échec, de la chute qui écrase au sol, ou de l’impossibilité de décoller. Ainsi, le spectacle de Philippe Quesne se décrit comme une recherche multiforme autour de ces sujets. Vidéos, témoignages, lectures, musique, performances… des numéros de toute sorte s’enchaînent et se superposent de part et d’autres de la scène de la salle transformable du Théâtre des Amandiers. Extrêmement structurée, la pièce est pourtant une décomposition brutale de toute logique. La thématique de l’envol et de la chute est au centre d’un vaste champ d’idées, où tout est permis, tant de tenter de s’envoler avec ses bras que de rendre hommage à son chien mort, de raconter des histoires tristement drôles et de recenser des témoignages surprenants. Un chirurgien dentiste passionné d’oiseaux mécaniques, un ancien junkie qui trouve son équilibre dans le Taïchi et le Kung-Fu, un peintre-écrivain qui sacralise la figure de l’oiseau comme emblême de la liberté… tous ces témoignages, collés à des numéros qui convoquent l’absurde, en viennent à être tournés en dérision. Le public rit, tantôt de bon coeur, tantôt de malaise. Finalement, les yeux oscillent d’un bout à l’autre de la scène, sans savoir où s’arrêter, sur qui, sur quoi. Dans ce drôle de rythme, certains spectateurs sont poussés au bout du fou rire, tandis que d’autres, autour de nous, restent statiques. Conclusion : s’il ne fait pas l’unanimité, le spectacle a la force de toucher à un type d’humour particulier, qui donne des crampes au ventre à qui en est réceptif. Concernant le thème du spectacle (la démangeaison des ailes), nous assistons plutôt à une recherche scénique et expérimentale qu’à de véritables réflexions, ce que la création semble assumer en se décrivant comme une « revue-spectacle » (revue : « publication périodique où sont traitées des questions variées »).

Visuel : ©Philippe Granier, ©Nasa, Appolo 8, crew member Bill Anders, 24 December 1969

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Lili Nyssen

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