Théâtre
A Nanterre-Amandiers, les taupes électriques de Philippe Quesne

A Nanterre-Amandiers, les taupes électriques de Philippe Quesne

14 novembre 2016 | PAR Christophe Candoni

Elles ont déjà parcouru bon nombre de kilomètres de part le monde depuis l’ouverture de leur caverne mystérieuse au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles en mai dernier ; revoilà les taupes à Nanterre-Amandiers, le théâtre que dirige leur génial créateur, le metteur en scène et plasticien Philippe Quesne.

Elles sont massives et velues, traînent en grognant leur silhouette sombre et leur drôle de museau toujours à l’affût. Les taupes entrent comme par effraction, car rien ne leur résiste, et surtout pas le pan d’un mur fragile qu’un simple coup de griffe ou de pioche fissure puis délabre. A l’aveugle, on s’engouffre avec elles pour découvrir, stupéfait, un royaume en sous-sol, allégorie d’un monde certes replié sur lui-même mais complètement délirant. On fait son trou dans la superbe et ingénieuse scénographie figurant une grotte de carton-pâte aux parois glissantes comme des toboggans et ornée d’éléments calcites piégeurs. Ce lieu de refuge et de résistance pare autant la menace qu’il impose la dureté. Il fonctionne comme un formidable air de jeu et de labeur pour cette petite communauté souterraine en proie aux tâches de la vie quotidienne et animées de sentiments aussi fort que l’amour, la joie, la peur, le deuil.

Passionné d’enthomologie, Philippe Quesne se fait à la fois fin observateur et habile créateur de mondes à part qu’il sait rendre familiers. Il invente et fabrique des univers étranges qui semblent échapper autant que subjuguer. Qu’ils soient humains ou animaux, à la surface ou sous la terre, ils nous ressemblent et en disent long sur l’état de notre civilisation, notre capacité à nous mouvoir, nous émouvoir, à vivre, survivre. Toutes aussi farfelues que réflexives, les taupes de Caveland nous invitent dans leur terrier pour mieux reconsidérer notre rapport au monde et à l’existence. C’est bien l’enjeu de la proposition ludique et utopique de Philippe Quesne.

Ces mammifères mal aimés deviennent des compagnons irrésistiblement attachants et même électrisants lorsque, affranchis de tout, ils jouent de la batterie, de la guitare et du thérémine dans un esprit rock underground onirique jusqu’au bout de la nuit.

Photo Martin Argyroglo

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