Performance

« Panoramix », La Ribot expose son corps au Festival d’Automne

« Panoramix », La Ribot expose son corps au Festival d’Automne

19 septembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival d’Automne consacre un portrait à la très distinguée danseuse et performeuse espagnole qui, depuis 1993, a insufflé à la danse un vent de performance qui déroute, dérange et fascine. 

Au Centre Pompidou, dans la galerie 3, nous entrons dans l’univers de la plus plasticienne des chorégraphes. Sur les murs, accrochés avec des scotchs comme dans les livres de mode pour les petites filles, des vêtements et des objets attendent leur tour. Le sol est entièrement tapissé de cartons. Elle est nue, allongée, face à un miroir. Les yeux ourlés de bleu, les lèvres rouges, les poils pubiens roses, et les cheveux roux tirés à quatre épingles, La Ribot affiche le corps féminin comme une oeuvre de pop-art. 

Puis, vient (viennent) le, les mouvement (s). Panoramix est une rétrospective. Depuis 1993, donc, La Ribot propose ce qu’elle nomme « les pièces distinguées », qui sont des œuvres rattachées à un propriétaire. Par exemple, Jérôme Bel « possède » Le n°31 de la Mancha. Elles sont courtes, comme des apparitions. Elles peuvent être mobiles, filmées, statiques…La seule règle est d’annuler la frontière entre le corps et les objets. Ce que nous voyons sont ses 34 premières pièces, présentées, évidement, sinon c’est moins drôle, dans le désordre.

La Ribot est un personnage tout droit sorti d’un Almodovar. Too much, elle irrite dans des propositions au bord du foutage de gueule. C’est cela qui est formidable : le bord.

Elle glisse et tombe souvent. Se coince dans une chaise. Elle saigne mais pour de faux. Elle s’étouffe dans de la fumée en écoutant les infos. Elle se cuisine. Elle obéit à un mode d’emploi…. Et tout cela réuni provoque un choc, un spectacle généreux et souvent… très beau. 

La maîtrise de l’espace est l’un des axes de son travail, que l’on retrouve dans ses spectacles immersifs (Another Distinguée). Elle nous trimbale comme si nous étions des sacs et plus le temps opère (la pièce dure trois heures) plus la mélancolie monte. Au fur et à mesure que nous avançons, les murs sont vidés de leurs objets et ne persistent que les attaches, fragiles et vidées de leur fonction :  celle de tenir bon.

Panoramix travaille la vulnérabilité dans une proximité avec le public qui ne permet aucune cachotterie. La lumière occupe tout l’espace, la musique vient parfois s’inviter pour calmer le jeu, la déambulation, permanente, provoque un tourbillon.

Spectacle, installation, oeuvre… Panoramix remet le spectateur à sa place, en le rendant conscient et mobile, sans pour autant prendre le chemin de l’interaction. En cela, l’immersion trouble car elle garde malgré sa forme, le dispositif du regardé et du regardant. Il est étonnant de comprendre cela, que tout ce processus aux allures désaxées est totalement construit. Les pièces viennent démonter le corps publicitaire et La Ribot s’amuse de ce qu’elle dénonce : un produit fini. 

La nuit tombe et La Ribot nous laisse dans la sensation d’un hall de gare après la fermeture où les courants d’air passent. On a dit fragile.

Panoramix est à voir au Centre Pompidou, avec le soutien du programme New Settings de la Fondation Hermès jusqu’au 22 septembre.

Visuels : La Ribot, « Panoramix » (1993-2003), Mercat de les Flors, Barcelone, 2019 © Alfred Mauve

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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