Danse

PARAdistinguidas, réjouissante La Ribot au Festival d’Automne

PARAdistinguidas, réjouissante La Ribot au Festival d’Automne

24 novembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis 1993, la chorégraphe hispanique La Ribot inscrit son travail dans ce qu’elle nomme les pièces distinguées. Le protocole est précis : des solos de trente secondes à sept minutes. PARAdistinguidas est perçu comme un prolongement qui invite quatre interprètes et 18 figurants pour un spectacle composé de dix parties aux titres divertissants,  formidablement drôle, qui rend les spectateurs acteurs.

Chaque pièce est numérotée. Ainsi elle pourra être mise en vente auprès de collectionneurs qui auront accès à la vie de leur œuvre. Le travail de La Ribot interroge la place de la danse sur le marché de l’art. Sur scène, un échafaudage surplombé d’un petit bureau vitré voit tour à tour les danseurs venir s’assoir derrière une machine à coudre. La notion de relais est forte dans ce spectacle où les morceaux s’enchainent, se chevauchent, se mélangent.

Le début est ardu, des gens de dos comme en coulisse derrière un grand rideau disent un texte en japonais. Plus loin, le mouvement se fait plus rapide pour offrir une danse performative très expressionniste. Nous voilà plongés dans les univers publicitaires des années 50 aux USA avec « Benny’s pin up », les pompons et autres vêtements se tirent, se volent, s’envolent. Dans un jeu théâtral assumé, Lætitia Dosch vient chercher des spectateurs pour les amener « Hors Champs » pendant ce temps, sur le plateau les figurants et les danseurs rangent leurs pancartes bleues, symbole des manifestations actuelles. Une seule chose les arrête, une scène de viol qui passe, glaciale, symbolisée par une femme traversant la scène, uniquement vêtue d’un manteau de fourrure et d’un panneau « Rape». Tranquillement mais surement La Ribot immisce des images lourdes aux temps légers : Ici, une femme objet, sculpture vivante en chaises pour « Chairs 2011 », là, « The Exchange », scène troublante d’humiliation SM, mais le spectacle finit sur un éclat de rire politique « La Revolucion » !

On s’amuse beaucoup face à ces corps multiples et cette frénésie de changement de costumes et de situations. « Les figurants apportent beaucoup de réalité à la fiction » nous balance Marie-Caroline Hominal, déjà repérée dans Duchesse. La miss installe une mise en scène théâtrale en séparant les supposés « grands, petits, colorés » qui deviennent les détritus du Tsunami,tandis que les beaux sont la vague majestueuse. Catégoriser, classer, séparer. L’inégalité entre les personnes est une bataille soulevée  ici. Le rythme du spectacle est tel que l’ennui est interdit et la surprise permanente. La Ribot, comme toute sa génération présente une danse mêlant voix et corps. Le résultat est surprenant. PARAdistinguidas pourrait sombrer dans une caricature de spectacle vivant contemporain insipide mais il constitue tout le contraire. Par ses chorégraphies-photographies elle vient pointer les tics de notre société. Un miroir formidablement hilarant où même les cours de gym sur fond de mauvaise techno ont leur place. Prêts pour « l’Angle dance »? Il est fort à parier que cette chorégraphie du carré pourrait devenir un tube des pistes de danse de l’été ! A suivre !

Bistro ! Une pièce de Sylvie Audcoeur et Marie Piton
Marks et Spencer ouvre sur les champs !
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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