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Strass et mélancolie pour les premiers adieux de Miss Knife

Strass et mélancolie pour les premiers adieux de Miss Knife

04 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Cela fait trente ans qu’elle promène ses belles robes lamées et ses faux cils mélancoliques (lire notre article). Miss Knife, le personnage de travesti imaginé par Olivier Py pour parler de la vie d’artiste, des années Sida et de la liberté des genres n’a pas pris une ride…

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Pour lire notre interview d’Olivier Py, c’est ici.

Quand elle entre sur scène et rejoint ses merveilleux quatre musiciens pour ses « premiers adieux » au Théâtre de l’œuvre ce samedi 3 février à onze heures, l’éblouissement est toujours la : robe dorée dos nu qui brille de mille feux, fièvre qui laisse voir de longs bas noirs, perruque blonde et diadème, tout y est. Et elle commence sur une note briser pour une de ses chansons qu’elle aime a présenter comme « lucides ». Évoquant les souvenirs doux-amers d’amours aussi brèves que singulièreq elle est « Martyre sous les roses ». Quelques mots un peu proches sur sa tenue ; « c’est fou ce qu’on peut faire avec de vieux cadeaux de Noël ») et elle se lance dans un théâtre noir toujours très réaliste qui la plaque au sol. Se relever à son âge est plus difficile- dit-elle- et elle remercie son éclairagiste de savoir jouer de l’ellipse.

Enfin le mot d’ordre est lâché : le titre du spectacle sont les adieux mais Miss Knife annonce comme un cri « Je ne compte pas m’arrêter du tout! ». Et d’ajouter : « C’est une idée de mon producteur »: « – Si tu veux que les jeunes nés dans les années 90 viennent en mars c’est ta dernier chance ». Comment peut-on être né dans les années 90 ? demande la diva, elle qui chantait les soleils noirs des années 80. Suit la philosophique chanson « Il faut apprendre à vivre » et puis juste un petit mot ironique sur le #metoo qui secoue notre époque et ses genres. Et on la sent un peu ironique et en retrait, la sublime Miss Knife… « Avec tous ces vieux dégueulasses qui me frottaient dans le métro et ces producteurs véreux, je me doutais bien qu’il y avait quelques chose là-dessous. Mais j’étais crédule : je disais oui après je découvrais que c’était Isabelle Huppert qui faisait le rôle … ».

Elle dédie la nostalgique chanson « Paradis perdu » à tous les machos qui ne supportent pas que homme mette une robe et puis passe à la description de la vie d’artiste avec « Le rôle est trop court ». Retour sur le plaisir rapide dans les rues de Paris volontiers avec des amants de passage que les années Sida ont exterminé et la chanson « Les amours sans promesses » bouleverse la salle. Lumière tamisée, voix de castafiore, changement de costume pour irradier en Arlequin de mille feux et Miss Knife se lance dans la « romance à l’etoile » de Tannhauser  : elle excelle bien sûr dans Wagner. Encore quelques tubes ténébreux chantés de tout cœur :  « Ne parlez pas d’amour” ou « Par la fenêtre » et un ultime changement de robe pour aller vers du velours noir, un décolleté qui va jusqu’aux fesses et une couronne de plumes de paon.

Mais Miss Knife ne termine pas ces premiers adieux seule. Ce soir là c’est une autre divine créature qui vient le rejoindre pour clore le spectacle : Arielle Dombasle chante en espagnol avec Miss Knife un très beau « Besame Mucho » et un très perché « Paloma ». Libre et cabotine, Miss Knife reprend le micro pour un dernier tour de piste et le poignant chant d’adieu et de lanque « J’entends ta voix » ovationné par un public fan. Ce dernier est donc bien rassuré qu’il ne s’agisse que des « premiers » adieux. Certains retourneront la voir tous les soirs jusqu’au 9 février dans le cocon parfait du Théâtre de l’œuvre …

Visuel : Rebecca Greenfield

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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