Danse

D’à côté : Christian Rizzo ouvre son beau livre d’images au jeune public

D’à côté : Christian Rizzo ouvre son beau livre d’images au jeune public

04 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Après le Syndrome Ian l’an dernier (lire notre article), Christian Rizzo est le sujet d’un nouveau hors-les-murs du Théâtre de la Ville à Chaillot. Lumineux et elegant, D’à côté réfléchit le hits champ et inclut le jeune public à partir de six ans.

[rating=5]

C’est la deuxième représentation de la journée et bien des enfants sont présents en salle Gremier, ce samedi 3 février 2018. Christian Rizzo a décidé d’intégrer les plus jeune « comme partie intégrante du public ». Et si selon lui « Cela ne change rien aux processus convoqués » et que « le spectacle reste un système complexe qui traverse une succession d’imaginaires », Rizzo profite doublement de la contrainte : d’abord en transmuant le public cet « anonyme absolu » en sujet du spectacle et en l’incluant dans le hors-champ que questionne D’à côté. Et ensuite, lui qui hésite entre le réel et le surreal, l’abstrait et le masque, parvient par la couleur, la musique et le caractère   mythologique de sa pièce, à hypnotiser les jeunes et les moins jeunes plus de 50 minutes.

Tout commence par un plateau blanc, au mur du fond dessiné par trois carrés blancs qui bougeront les lignes du champ et du hors champ avec l’élégance coutumière de Rizzo. Entrent alors un à un les trois extraordinaires danseurs : Nicolas Fayol, Bruno Lafourcade et Baptiste Ménard. Ils arrivent dans des habits de couleurs brute (bleu, vert et rouge), une plante sombre à la main. Ils commencent par des solos assez sacrés où les gestes sont colorés, avant de jouer ironiquement avec le fait de poser ou retirer des plantes du plateau. Tandis que des grands néons se hissent comme des voiles pour sublimer de lumière le blanc de la scène et que la musique semble gronder comme une tempête, les danseurs se mettent à se mouvoir ensemble dans des grands culbutos de couleur. Le mur du fond de scinde et s’allume aussi, tandis que les gestes à la verticale et à terre se répètent dans un fondu enchaîné de sensualité toujours gaie. Le rituel revient avec des masques métalliques qui font penser à des hiéroglyphes égyptiens.

Une accalmie de clair-obscur et les cubes du fond font presque paravent pour obstruer notre vue. Quand soudain: cri du jeune et moins jeune public. Une immense araignée (incroyable costume et dextérité monumentale du danseur!) semble propulsée du dessous du mur vers le devant de la scène pour un moment de danse beau et puissant qui ferait presque oublier leurs peurs aux plus intimes arachnophobes. Une taupe qui semble sortie d’une pièce de Philippe Quesne suit et puis en clin d’œil final, un homme-palmier pour un dernier trio joyeux où le mythe l’emporte sur le réel. La lumière tombe, les masques restent et le public applaudit à tout rompre la beauté lumineuse et en même temps délicieusement inquiétante de ce D’à côté qui a réussi à nous éblouir sans jamais se laisser saisir en simple voisin. Grandiose.

Visuel : (c) Christian Rizzo

La voix d’un Ange: interview de Camille Trouvé, metteuse en scène de « White Dog » de la cie Les Anges au Plafond
Strass et mélancolie pour les premiers adieux de Miss Knife
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *