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Dominique Gilliot, dans la mémoire vive de La Ménagerie de Verre

Dominique Gilliot, dans la mémoire vive de La Ménagerie de Verre

28 mars 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faire d’un lieu une star, un sujet de spectacle, cela est rare. Et la rareté, l’expérimentation est au cœur des préoccupations programmatiques de La Ménagerie de Verre qui présente jusqu’au 29 mars « A propos de la Ménagerie de Verre » de Dominique Gilliot.

L’Étrange Cargo de la Ménagerie de Verre qui a ouvert sur un salon professionnel du spectacle vivant, s’interroge sur son existence même. Pour se faire, il invite Dominique Gilliot, diplômée de l’École des Beaux-arts de Paris-Cergy en 2005, post-diplômée en 2007 de l’École des Beaux-Arts de Lyon et ultra touche à tout. Comme elle le dit elle-même (et elle parle beaucoup) elle « fait des performances, raconte des histoires, projette de la neige carbonique, rapporte des détails confondants, mélange in vivo références pop pointues et haute couture intellectuelle ».

En 2013, Jérôme Bel avait fait témoigner les spectateurs de la Cour d’Honneur du Palais des Papes dans Cour d’Honneur. La pièce réactivait physiquement des souvenirs. Ici, la dynamique est autre, mais l’idée du lieu comme élément affectif reste. Dominique Gilliot s’est installée pendant un an à la Ménagerie et a travaillé dans les studios de danse. Le discret Cocteau, le trop lumineux Balanchine, mais aussi dans le Off, LA salle de spectacle de la Ménagerie où se déroulent deux festivals : Les Inaccoutumés et L’Étrange Cargo, deux festival, deux mois par an.

Il faut l’assumer, le public est composé d’habitués au point qu’à la Ménagerie, tout le monde se connait, ne serait-ce que de vue. La jauge est toute petite, 80 places, mais si on se serre et que l’on déborde, bien plus ! La performeuse, seule en scène et pour une durée où « le temps passe » va donc raconter « sa » Ménagerie de façon anti-documentaire à un public qui, comme chez Bel, va réactiver ses souvenirs. Là où elle est encore plus forte, c’est que rien n’est dit des spectacles joués depuis 1983, date à laquelle Marie-Thérèse Allier a transformé cette ancienne imprimerie dotée d’un garage en place incontournable de la création très contemporaine.

Elle marche armée d’un micro, ouvre une demi-parenthèse. Au bord du stand-up, au bord de la falaise (vue mer), elle vacille souvent, perd les mots, se ressource sur un rondin trouvé là. Car oui, tout ce que l’on voit à été trouvé-là : des pierres de Paris, un module en 3D, une table, des vestes, des tonnes de chaussettes laissées par les danseurs qui viennent à l’année s’entraîner ici, un  vieux rétro-projecteur « increvable »…

L’idée que le lieu est un sujet est belle, et l’idée que le spectacle ne pourra se faire qu’avec les objets trouvés sur place est encore plus belle. Tout, même son costume. Là voilà donc habillée très street, pour aller danser finalement : legging, tee-shirt Miami pailleté, chaussettes.

Elle raconte et nous on rit. On rit de nous, spectateurs assidus, sans même se demander comment cette pièce pourrait être reçue par quelqu’un qui viendrait pour la première fois dans cet espace très cinématographique. Le Off de le Ménagerie est un immense plateau au gradin déplaçable, très bas de plafond, aux murs blancs et au sol accidenté en béton. Il suffit de naviguer avec elle,  effectivement entre « re?fe?rences pop pointues et haute couture intellectuelle ». Elle manie le kitsch à l’aide de pause musicale ( la dame chante aussi, elle est la fille du duo  Un moment hifi  aux côtés d’Antoine Pesle), elle provoque des réminiscence en investissant l’espace. Elle nous laisse sur deux questions : pourquoi aucun performer n’a jamais fait avancer le gradin et pourquoi est-elle la première à mettre un doigt dans les murs de la Ménagerie ?

Nous pensions que tout avait déjà été fait dans ce lieu, et bien non. Surtout, on sort de là persuadés que l’Étrange Cargo ( Jusqu’au 14 avril) n’a pas fini de nous faire voyager, mais, pour faire plaisir à Dominique Gilliot, sur la mer du Nord alors.

Visuel :  A propos de la ménagerie de verre © Julie-Marie Cazard

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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