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« Vent du Nord », vent de désespoir sur l’humanité

« Vent du Nord », vent de désespoir sur l’humanité

28 mars 2018 | PAR Sarah Reiffers

Avec Vent du Nord, le jeune réalisateur tunisien Walid Mattar s’immisce dans la vie de deux hommes et de leurs proches, l’un français, l’autre tunisien. Un premier film satisfaisant, co-écrit par la scénariste de Petit Paysan

Vent du Nord s’ouvre sur un feu d’artifice, une célébration, quelque peu dépréciée par les commentaires bougons d’Hervé. C’est qu’il a de quoi être inquiet : l’usine qui l’emploie, dans le Nord de la France, va être délocalisée en Tunisie. Une vraie opportunité pour Foued, jeune chômeur habitant la banlieue de Tunis, qui espère y trouver les moyens de soigner sa mère et de séduire la femme qu’il aime.

A travers son premier long-métrage le réalisateur Walid Mattar cherche à démontrer que, bien plus que l’origine géographique, c’est la classe sociale qui nous réunit – et qui donc nous définit. Au premier abord, tout semble opposer Hervé et Foued : leur vie de famille, leur éducation tout comme leur culture sont bien différentes. Mais le film les réunit dans une même galère, une même bataille perdue d’avance contre le système. Il construit leur histoire en parallèle, comme l’illustre l’une des plus belles scènes : les deux hommes, roulant côte à côte, s’entraperçoivent quelques secondes avant de continuer leur chemin respectif. Le message est clair : leur vie se ressemblent et suivent la même trajectoire, mais ne se rencontreront jamais.

Ce parallélisme, Vent du Nord ne cherche pas à l’exprimer au montage, dans les dialogues ou à travers les costumes, comme ont pu le faire de nombreux films tel que The Hours. Ce choix préserve le caractère unique d’Hervé et de Foued, refusant de les présenter comme des doubles et insistant sur leur individualité propre. On ne peut que regretter alors que l’histoire de Foued ne soit pas plus développée : tel quel le film semble quelque peu déséquilibré, et laisse des zones d’ombre quant aux choix du jeune garçon.

Proche de la chronique réaliste, Vent du Nord s’immisce dans la vie de ses personnages pour mieux pointer du doigt les absurdités du système en France et en Tunisie. Presque cruel, il donne à ses personnages le goût de l’espoir avant de les faire sombrer une nouvelle fois dans la misère. Et Wallid Mattar de braquer ironiquement sa caméra sur la devanture du « Café l’avenir », fermé pour la nuit. Une ironie que l’on retrouve dans la persistance du film à montrer la mer, symbole de liberté par excellence, alors que ses personnages peinent à trouver leur place et à vivre comme ils l’entendent. Montrer pour mieux sensibiliser et dénoncer semble ainsi être le motto de ce premier long-métrage : en filmant des morceaux de vie, Vent du Nord redonne sa dimension humaine à une misère et une impuissance qui se sont presque banalisées au fil des années.

Dominique Gilliot, dans la mémoire vive de La Ménagerie de Verre
Agenda Cinéma de la semaine du 28 mars
Sarah Reiffers

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