Performance

Boltanski convoque son armée des ombres dans sa « Fosse » au Centre Pompidou

Boltanski convoque son armée des ombres dans sa « Fosse » au Centre Pompidou

12 janvier 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En écho à l’exposition qui se tient jusqu’au 16 mars, Christian Boltanski convoque une autre déambulation immersive mais cette fois dans les entrailles de Beaubourg.

Fosse est une collaboration entre l’Opéra Comique et le Centre Pompidou. En 2016, Après la nuit se déroulait dans le chantier de la Salle Favart. Christian Boltanski, Jean Kalman, Franck Krawczyk nous invitent cette fois dans le parking du musée pour une expérience entre deux mondes. Ni opéra, ni théâtre, ni concert, cette « Œuvre pour soprano, violoncelle solo, chœur, 12 violoncelles, 6 pianos, percussions et guitares électriques » est autre chose. Le spectacle a lieu en continu. Hier, samedi, trois entrées étaient possibles, à 19h, à 20H et à 21H, et à chaque fois, un cycle de 50 minutes sans début académique mais avec une « vraie fin » s’enclenche.

Il s’agit d’entrer dans un lieu, et de s’en imprégner. Tout comme Castellucci en 2019 et sa Vita Nuova, l’affaire se passe dans un parking et il y a des voitures. Ici, elles sont garées mais les phares sont allumés comme si elles allaient démarrer. Dedans, des corps vivants et masqués portant le visages d’autres gens. L’espace est ceint des iconiques tentures blanches de Boltanski qui reflètent tous les participants.

Tout le monde se mêle et le casting est juste fou, et dans l’errance on suit la voix de la soprano Karen Vourc’h, on croise seule, l’immense violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, et au détour d’un pilier, on se retrouve dans le chœur des hommes d’Accentus. Mais les voix et la musique n’arrivent pas tout suite, nous devons être dans une attente, comme une contemplation, dans une attente, mais une attente de quoi ? Nous ne savons pas. Étrange et délicieux sentiment d’être dans le hall de gare de l’enfer. Tout n’est que sensation, portée par la lumière qui vient des voitures et des parois du parking. Les célébrés ampoules que Botanlski utilisent dans une majorité d’oeuvre, sont présentent ici. On en voit une qui surplombe un personnage qui semble attendre. 

Rien n’est doux dans ce cloaque où les percussions de Tancrède D.Kummer et Yuko Oshima se font sur les barres et les planches métalliques. La direction des musiciens est formidable car elle n’est que regards et écoutes. En s’approchant d’un piano désert nous lisons sur la partition : « continuer jusqu’à l’entrée de la cloche tube ». Il est fascinant de regarder le ballet des spectateurs et de voir comment nous suivons naturellement ce qui nous semble confortable, quand un chant s’élève nous le suivons. Pourtant, la musique n’est pas douce, elle est toujours sombre.

Étrange, immersif, angoissant, enveloppant, Fosse est définitivement une oeuvre de Boltanski dont nous sommes les acteurs. Une expérience unique. Tout comme dans son parcours lors de l’exposition, le spectateur « est invité à recomposer lui-même la ‘précise imprécision’ chère à la poésie de Christian Boltanski. »

Dernière chance aujourd’hui à 17H au Centre Pompidou. 

 

Visuel ©Hervé Veronèse

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